…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Vissac, Guillaume. Coup de tête.

mise en ligne : mardi 19 mars 2013

On nage pas pour les autres.

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Arrivé place machin, je passe devant la pharmacie où j’allais chercher les prescriptions sans fin qui défilaient sur les ordonnances des toubibs. En traversant la vitrine blanche du bureau de tabac où j’achetais mes clopes, j’enjambe les pieds cramés d’un vieux clodo qui s’appuie contre un panneau fourrière. Je compte le nombre de pièces qui pourrissent jaunes dans sa casquette. Même pas un euro pile, je compte. J’évite de croiser son regard pour avoir à lui dire que j’ai pas de fric à lui donner et que toute façon il me fout la gerbe.

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Combien de temps passé là j’en ai aucune idée. L’horloge de la gare sur le parvis tranché elle indique que dalle ou alors si c’est le cas j’arrive pas vraiment à lire. À la place, je me fie au nombre de décharges de la benne bleue sur le chantier.

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Des fois on ouvre la porte d’un bar : j’arrive à décrypter les quelques notes qui s’échappent de l’intérieur mais tout ce que je trouve c’est l’air général, jamais le nom du truc.

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Des fois, quelques visages entre les grilles, je les croise parce qu’il faut bien. Je compte un, je compte deux, je compte trois. Leurs ombres me glissent entre les doigts, détalent en direction du prochain bar. Porte ouverte : quelques échos techno. Porte fermée : d’autres silences.

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Devant la gare, statue d’un mec en train de crever.

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Viande molle, je me dis, la voilà mon odeur.

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Je lis : Blancs d’œufs – Poudre à lever : diphosphate disodique, carbonate acide de sodium – Dextrose – Sel – Emulsifiants : E471, E472e – Gélifiants : carraghénanes, farine de graines de guar – Conservateurs : E202, E282 – Arômes – Maltodextrines.

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et puis j’avais le goût de sa voix sur ma langue en différé

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Je lis : À consommer de préférence avant le : voir sur l’emballage.

Sur l’emballage, j’ai rien trouvé. Aucune date, rien. Simplement le logo de la marque en rouge et bleu sur blanc. Sans trop faire gaffe, avant d’avaler le disphosphate disodique et autres maltodextrines malaxées, je me suis redressé et calé contre la porte des chiottes

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Le TGV. Numéro. Six. Mille. Cent. Soixante-dix. Neuf. À destination de. Nice-Ville. Départ. Initialement prévu à. Huit heures. Vingt-sept. Sera mis en place. Voie. 5.

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Cinq secondes, pas plus.
Je compte un, deux, trois, puis blocage.
Silence et salive avalés.
Cinq secondes

Et je suis parti en courant mais dos au vide : droit vers la côte.

c’est plus long quand on tient.

Mes Van’s glissaient : pas grave : je suis tombé deux fois : trois fois : je me suis relevé : le type aux cheveux bleus devant : nulle part : j’avais un chrono dans la tête qui me disait bouge-toi : comme le bruit du public hors de l’eau qui tache l’air : tu sais : là quand la tête remonte : elle remonte : remonte : et c’est ton souffle, en fait.

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L’eau fouettée sur la pierre résonne ailleurs. Même la station d’épuration, en bas, derrière les branches, broie plus ni torrent ni rivière.

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Guillaume Vissac, Coup de tête. Publie.net/Publie Papier, 2013.

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Guillaume Vissac  
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