…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

AVERTISSEMENT :
Ce texte a été publié il y a longtemps, par conséquent, il commence à s'effacer. Les textes de plus de quatre ans sont presque illisibles. Prenez garde.
Voir la page vernis numérique pour en savoir plus sur cette patine numérique.

Mesure des mots

mise en ligne : jeudi 21 mars 2013

20 mars 2013

Quelle est l’unité de mesure du discours, sa vitesse juste, le bon mot au bon moment, je ne parle pas de débit, de vitesse réelle, de nombre de mots à la minute, non, d’autre chose qui dépasse le discours, le texte, la voix. Il m’arrive de tarder à dire, à écrire, ce qu’il faudrait, sur le moment dire, ou écrire. Dans certains moments de relâchements comme la recherche du sommeil, ou la désinhibition due à l’alcool, parfois et aussi bien dans des moments de grande concentration, ou de recherche d’équilibre, par exemple au volant sur l’autoroute de nuit à contresens ou sur une corde tendue entre les toits de deux immeubles voués à la démolition. Un peu à la manière d’un bon mot qui retombe s’il est placé trop longtemps après le moment où la conversation nous y a fait penser : il retombe à plat. L’excès inverse est toujours possible : ne pas être compris de quelque chose que l’on dirait trop tôt, comme si, lisant dans les pensées, à l’avance, des autres, il était possible de prédire le bon mot en question. Mais il ne s’agit pas de "bon mot", c’est juste pour l’analogie, il s’agit de mot juste, de vérité. Comme la claque de grêle sur la langueur d’un étang nous réveille avec "les mots ont un sens". Alors on se redresse, on efface tout, on ouvre un nouveau document et on y va. Rien n’est simple, et il y a aussitôt cette impression de film-muet, ou de télé au son coupé, d’être celui qui parle dans la télé, je veux dire celui qui est vu dans une télé depuis le salon où elle est posée, sur un buffet à napperon, devant un mur à la décoration trop riche (cadres de photos de famille, assiettes décoratives, bouquet de fleurs séchées…), d’être vu là-dedans qui est juste un autre meuble, mais vu par personne en particulier, d’être simplement à l’intérieur du tube cathodique (la métaphore ne fonctionne pas avec un écran plat, j’ai essayé), avec ses mots qui rebondissent à l’intérieur façon aquarium, lui revenant, ne parvenant pas jusqu’au salon animé où le café se prend, accompagné d’une langue de chat, entre famille et amis, quand les fenêtres s’ouvrent sur un dimanche après-midi de printemps, doux et lumineux.

Mots-clés

fenêtre   écrire   distance   temps   nuit   voix  
Vous pouvez soutenir mon écriture en achetant un livre, en commandant une Nuit écrite à la main pour vous, en devenant abonné.e à partir de 1 €/mois via Tipee, vous pouvez aussi