…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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il y a (2)

mise en ligne : mardi 26 mars 2013

23-25 mars 2013

il y a le départ retardé
la marche détour dans la ville

ce qui désinstalle ce qui fut appris
la mémoire et ses trajets passés

et marcher enlève trop peu
et marcher enlève quand même

alors marcher

ce que marcher ajoute, qui sait ?

pas grave, grave
marcher, c’est tout

ce qui se rapproche le plus de la marche
un bus de ville

après tout, qui peut dire que nous ne sommes pas
calmes
calmes calmes
calmes

l’autre jour, ce mail, à propos de déambuler
envoyé à moi, à d’autres
qui écrivent ou qui vont leur chemin d’écrivant 
je comprends alors qu’on se croise sans cesse
dans ces écritures d’errements
on cherche tous
et souvent
aux mêmes endroits
qui ne sont pas les mêmes
pas toujours
en fait toujours si peu les mêmes, précisément
mais qui sont là, découverts, à demi-découverts
oubliés parfois, à oublier d’autre fois
place aux géographies nouvelles
l’écriture appelle
et la ville en est le lieu naturel

on cherche tous
aux lieux d’ailleurs
on se comprend
et même si on tourne en rond, rien ne dit
que ce rond n’est pas couru sur la surface d’un tore
alors on avancerait sur cet anneau, en spirale
jamais le même rond sous nos pas
on avancerait, en fait, sans le savoir
mais autour d’un autre néant plus grand
plus creux
plus gouffre
le milieu des milieux
l’attraction qu’on ne regarde pas
qu’il faudrait peut-être regarder

au moins de temps en temps

*

Lucky Luke et les Daltons
on reconnaît bien leurs mains
à gauche : Joe tout en bas, Avrell tout en haut
les autres on a oublié leurs noms
et Lucky Luke à droite
et l’image ne laisse aucun doute
ils ont fait alliance autour de l’énergie
et de son économie
(probablement dans tous les sens du terme)
la main dans le même panier
je les y prends à pactiser
moi, et surtout mon reflet transparent qui était parti se promener
et on se dit que c’est pas joli joli cette publicité 
"à but non lucratif" pourtant, ça devrait tirer les larmes
quelque chose ne va pas
un léger décalage du sens
quelque chose cloche
mais quoi ?

ou alors tout va bien
la guerre est terminée
alors j’en capte la preuve
grâce à mon reflet et à son téléphone fabriqué dans une ville-usine
de trois cent mille ouvriers, en Chine

(j’ai longtemps laissé croire à mon reflet que ce téléphone était made in Marseille, "planète Mars", comme un petit pain biologique aux noix vendu en commerce équitable dans une boutique climatisée de Paris XVIIé arrondissement sud, alors qu’il était naturellement designed in Marseille et fait avec le sang des autres, des autres là-bas, pas des autres ici, comme toute chose désormais en ce monde, pas seulement l’électronique, mais aussi les automobiles, les vêtements, la matière première des médicaments, et d’une certaine façon l’économie, le nerf de la guerre qui se joue globale, bref notre vie)

quelque chose continue, trop loin de nous
dans une époque de couleurs saturées
que le temps terni sur les photos qu’on a pas prises
notre corps passé sur ce papier aux vivacités périssables
partir ailleurs

Ici, je lis : "à tenter de comprendre quelle part de nous résistait en haut des escaliers, n’entrait pas dans la bouche, restait à quai et quelle autre part s’y engouffrait, jouait des coudes, croisait dans la vitre ou dans les yeux d’un autre étonné ce qu’il croyait être son double et qui n’était souvent qu’un fantôme, sa propre angoisse incarnée, une réflexion." 

et nous, dans ce monde
nous aurons la mémoire de nos voix mêlées
par-dessus le bruit des usines qui ferment 
par-dessus l’épouvante de la foule sans bouche
par-dessus le vent soudain figé des taxis au feu rouge
à travers ces volumes de rues délimités
par les briques des immeubles
par l’appel des jardins
par une convention nommée ciel
à travers les wifi qui sans qu’on le sache se tiennent les uns aux autres
car sans qu’on le sache nous nageons dans la même onde
sans qu’on sache rien
on sait quand même

Mots-clés

distance   ville  
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