…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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il y a (3)

mise en ligne : mardi 2 avril 2013

28 mars-1er avril 2013

pas toujours besoin de marcher
il y a l’écran pour ça
certains marchent depuis des années et des millions de kilomètres

et puis il y a le clavier pour ça
les doigts peuvent bien courir
des kilomètres de peau transmis
par les touches les câbles et ce qu’on trouve entre

car il faut bien que ça passe quelque part
tout ce que le corps écrit ne peut pas indéfiniment tourner en rond
autour de la planète par les fibres
optiques posées au fond des océans
ces océans sur lesquels un jour j’ai vu marcher une femme
une femme debout sur les boucles bleues des vagues
elle se promenait
l’écume en brume blanche lui dissimulait les chevilles
même le sable paraissait en sursis
les galets n’attendaient plus l’érosion
les falaises ne déboulaient aucune craie
les mouettes verticales et déployées improvisaient leurs plumes
et la lune s’effaçait sans partir
et les pyramides poussaient à l’envers dans les tunnels du RER
et il y avait la neige
l’errance d’une certitude
ensuite

donc par les câbles, ça passent par tout ça
et comme un courant vient alimenter une maison
deux maisons, un immeuble, etc.
tu vois une ville quand je dis ça

et pour telle ou telle information du système qui avait le tournis
à force
http ftp
cliquez sur ok pour valider
car il en faut de la force
pour envoyer certains octets

il y a aussi certains octets qui passent par l’espace
traversent l’air qui s’absentent là-haut et touchent un satellite
avant de retomber

il y en a d’autres, on vient de le voir, qui traversent les abysses
d’autres encore se collent sur les murs
d’autres encore se passent de la main à la main
au ralenti

un lent et prudent atterrissage

enfin disons que la plupart nous traversent comme ces neutrinos invisibles qu’on cherche à attraper en Suisse, sous une montagne, dans beaucoup d’eau
particules quantiques qui nous transforment
à force de traverser nos dimensions comme ça
à force de passer au travers nous, c’est sûr
nous transforment en autant de boîtes de Schrödinger
et l’énergie des évènements possibles semble infinie
tant qu’il y aura

*

Dans la voiture bar du TGV, toujours ces deux sortes de café, au choix, proposés par la question, toujours : "arabica ou robusta ?"

Comme tout le monde je préfère répondre "arabica", sachant ou ne sachant pas la différence, ce qui compte ici c’est le mot, parce que le café se doit d’être arabe comme dans Casse-Noisette et sa "danse arabe du café", parce que c’est, comme tout produit qui nous est proposé, étudié, en conséquence de quoi indépendamment du prix d’achat et du goût réel la compagnie privée de restauration du TGV (nouvel appel d’offre en juin, comme toujours le personnel ne sait pas si tout le monde conservera son emploi) nous propose la tasse d’arabica 40 centimes plus cher que la tasse de robusta — car à la question retournée par le consommateur : "quelle différence ?", qui pourrait s’écrire "quelles différences ?" ; le vendeur répond automatiquement quelque chose que j’ai oublié mais qui ne laisse aucun doute quant à la qualité et la finesse supérieures de l’arabica par rapport au robusta, mais sans toujours préciser que "d’ailleurs l’arabica est plus cher", c’est à dire que cela prouve bien qu’il est meilleur, quelle autre preuve apporter, en effet ? — arabica, disais-je, plus cher parce que, sachant ou ne sachant pas, le mot "arabica" nous plaît mieux, semble mieux correspondre à l’idée de ce que doit être un café, idée inculquée, nulle doute n’est permis ici non plus, par des décennies d’imagerie publicitaire, télé, affiches, les plus forts souvenirs se concentrant dans la publicité pour le café au cinéma, avant le film, qui ne sont pas précisément des idées d’arabie, mais des idées de lointain, de voyage, de produit exotique, idées absentes du mot "robusta". Bref, il suffit parfois de lire le menu, de prononcer les mots, pour se défaire d’un conditionnement culturel.

Ceci étant posé, ce jour-là, arabica ou pas, un fusible sauta, et pour le prix du robusta, j’eus un "instantané".

*

Claro nous dit : "relisons ces mots de Faulkner, qui semblent chanter la pluralité des mondes traduits possibles" :

Ils parlaient tous à la fois, et leurs voix insistantes, contradictoires, impatientes, rendaient l’irréel possible, puis probable, puis indubitable, comme font les gens quand leurs désirs sont devenus des mots.

Mots-clés

train   paradoxe   ville  
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