…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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il y a (4)

mise en ligne : lundi 8 avril 2013

manque le résumé des épisodes précédents

il y a ces textes qu’on lit et dont on ne peut pas prétendre avant de les lire en savoir quoi que ce soit
et puis s’y retrouver si bien qu’on se demande comment on a pu vivre sans
même chose avec une musique, un album découvert tardivement
une série entière sur plusieurs saisons à regarder
et ces vies alors qu’on découvre
quand elles sont déjà révolues
elles qui pourtant, fiction, n’ont jamais existé
ou au contraire, tant
tout ce qui est passé si vite tandis que nous étions sur un bas-côté bancal
donne l’impression d’avoir perdu quelque chose, qu’il faudrait vite rattraper

mais ce n’est pas cela
c’est encore plus simple que cela
la possession n’a rien à voir
on ne possède pas un texte
ni un sourire dit le poème
qui enrichit pourtant
c’est de cet ordre
sans même l’être encore
c’est simplement un monde qui change
une respiration immense

*

je voudrais une ville bois (ville chaleur)
je voudrais une ville rouge (ville peau)
(une ville flottée) je voudrais une ville volante

quelque chose d’aérien sous les pieds
(cheveux en désordre sur un sourire à embrasser)
je voudrais une ville posée sur le dos de ma main [1]

*

il y a des phrases, certaines phrases
prononcées si bas
si proches
qu’il est possible
sur l’air même qui les transporte
de les lire avant de les entendre
(un peu comme on lirait sur les lèvres)
et plus proche encore
(le silence à lire)

comme un texte jamais lu
écrit en langue étrangère
à patiemment déchiffrer

*

et, là
comme nés, déjà enlacés, du sol
celui si sombre que miroitant, du métro Place de Clichy
deux amants
cessèrent lentement leur baiser et regardèrent autour d’eux
étonnés, c’était Paris, ils étaient perdus
(car les amants c’est bien connu se perdent dans Paris)
sortant du métro
au jour clair, ils se mirent en marche, corps à corps pourtant
leurs manteaux visiblement les encombraient mais ils firent avec et marchèrent

je décidai de les filer

autour d’eux l’atmosphère jazz, New-York, Manhattan Upper East Side
venue d’un film de Woody Allen
(dans un quartier qui en est très éloigné)
leur parcours interrompu souvent par des baisers m’obligea à, l’air de rien, regarder tant et tant de vitrines
(pierres lumineuses et tissus "ethniques" — fenêtres et stores — un menu du jour à 12€50 — un autre à 10€50 — antiquités : assiettes, tasses, petites cuillères — chaussures (vitrine homme, vitrine femme) — jouets en bois — …)
je les ai suivi de Place de Clichy à Rome
(j’aurais pu les photographier comme Pierre Ménard le fit avec le réalisateur)
puis encore de Rome au Parc Monceau, qu’ils traversèrent
(ambiance déjà plus proche de Woody Allen)
avant d’emprunter le métro
trois stations plus loin
étrange trajet aérien au-dessus de la ligne 2
correspondance inversée
rejoignant peut-être la ville fantôme d’où ils étaient en réalité parti
laissant, à côté de leurs baisers sans fin, passer des rames et des rames

à dire vrai
ce fut difficile de les suivre
puisqu’autour d’eux les lignes de la ville se déplaçaient
cela vu de mon référentiel où je tanguais
avant que les trottoirs ne se remettent à plat
(facile)
or, qu’en était-il depuis leur référentiel ?
peut-être que rien du tout ne bougeait
comment savoir (autre version du bonbon "did you feel the earth move ?" d’Ernest Hemingway, dans For whom the bell tolls)
enfin
malgré ce printemps sans chaleur
(je me réfugiai dans un oloé chauffé)

d’ailleurs, maintenant que j’en suis là
pourquoi ne pas dire que
dans cet oloé nouveau, la sonnerie du téléphone y était celle du standard de mon lieu de travail, 2001-2003, à Courbevoie

d’autres lignes se déplacèrent alors
les tables du service de midi se vidaient
et ces départs précipités plongeaient en moi
c’était la mémoire
la main dans du sable, à fouiller
d’invisibles sédiments
que seuls les doigts connaissent

*

c’est dans un bar un écran plat bruyant qu’on éteint soudain
arrive alors
inattendu
un air pur
musical

[1] à la manière d’Emmanuel Delabranche, exemple : 8/20

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