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Bourrion, Daniel. J’ai été Robert Smith

mise en ligne : mercredi 10 avril 2013

incipit

J’ai été Robert Smith une nuit, une soirée du moins, sous l’un de ces chapiteaux mobiles qu’on croise encore parfois par ici posés dans quelque champ incongrus tels soucoupes volantes abandonnées après un atterrissage forcé et qui alors nous servaient de boîtes de nuit, de boîtes à boire bien plus sûrement et plus souvent, de boîtes à la castagne aussi mais pas pour moi, très peu pour moi cela, la meute, les coups de poings et ceux de pieds, très peu pour moi et pour cela, je passe mon tour, petite lâcheté, jamais aimé le sang et l’odeur qu’il a quand il coule des nez, jamais cela, les curées, les bagarres et la viande avinée qui ne sent plus les coups qu’elle reçoit ou qu’elle donne – souvenir au passage d’un totalement inconnu dans la voiture de qui j’étais monté comme cela un soir au sortir d’une boîte, une vraie en dur ailleurs et c’est une autre histoire peut-être, sortant, donc, voyant cette caisse improbable comme on en voyait alors de partout customisée reprise quoi déformée à dire vrai au point qu’on ne savait plus ce que c’était et donc là cette drôle d’auto se garant juste devant la porte de cette boîte d’où je sortais pour aller vers nulle part et moi la portière passager ouvrant puis m’asseyant et regardant le conducteur qui avait donc je m’en apercevais seulement nez éclaté comme pastèque et que ça lui faisait un plastron rouge vif, conducteur inconnu amoché ne réagissant pas plus que cela à ce qui était bel et bien une intrusion et me disant en glissant sa main sous son siège et en tirant un nerf de bœuf Attends qu’il sorte que je lui fasse sa fête ce que je n’ai pas fait (attendre), prudence prudence, les fêtes de ce type-là et toutes les autres aussi très peu pour moi, m’en allant tranquillement et sans me retourner jetant seulement si j’ai bonne mémoire Bon ben bonne soirée tous les deux elle allait l’être – j’ai été Robert Smith ainsi déguisé grimé toute une soirée mais cela s’avéra plus difficile que prévu – n’est pas un autre qui veut et puis ici quand même, à cet endroit, ce n’était peut-être ni le bon lieu ni le bon moment (le ridicule déjà ne tuait plus sans quoi sans doute que j’y serais resté dessous la toile du chapiteau et déguisé et ridicule dans mon accoutrement moi Robert Smith mais alors faux de pied en cap) d’autant que tout de même, je ne suis pas le vrai et que le vrai sans doute n’en a que faire des autres lui qui dans ces temps quand même étaient nombreux même si ce soir-là, celui que je raconte ici, sous le chapiteau de toile cirée blanche et sale d’être montée démontée à même les champs les prés la boue d’après la nuit j’étais le seul l’unique j’étais l’étoile j’ai été Robert Smith.

Daniel Bourrion. J’ai été Robert Smith. Publie.Net, 2012.

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Daniel Bourrion  
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