…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Paris-Angers

mise en ligne : dimanche 5 mai 2013

Cet épuisement de trajet en train, de décembre 2011, retrouvé par hasard dans un dossier oublié, exercice que je pratiquais sur un blog précédent, à suivre via ce mot-clé train.

*

Ampoules vertes sur les bords des quais
lumière en bout de voie
réseau électrique câbles poteaux métal
rampes d’accès aux rails pour cheminots et suicidaires
croiser un énorme tgv de trop près souffle choc, vibration, inquiétude
barres d’immeubles disposées à la va-vite voici près d’un demi-siècle
murs anti-bruit dont on suspecte l’inefficacité, taggés
mur de pierres posées à la main, une à une, comme entre deux prairies écossaises
une jeune femme assise devant moi relis un rapport imprimé sur le fonctionnement et l’organisation d’un service à l’hôpital
tunnel, le reflet de l’étudiante (je suppose, d’après son âge, que ce qu’elle lit est un cours, ou l’annexe d’un cours), dans la vitre, et surtout de son pull sans manche très ajouré sur un soutien-gorge sexy dentelle et rien d’autre sa peau devinée me détourne du décor brossé par la vitesse du train
tunnel sur tunnel que faire d’autre que de la regarder stabiloter ? tatouage d’étoiles dans le creux du poignet
déco récente pour cette rame, première classe grise, lumières douces, prises de courant sous la tablette
quand soudain les bois d’hiver autour de l’autoroute
panneau bleu Chartres, Nantes
talus herbeux plus très vert
elle sort une trousse en cuir, ce qui confirme, étudiante, car une fois les études terminées, qui conserve sa trousse ?
une maison isolée, seule sa pelouse, sur toute la pente de cette colline, est verte, d’un vert pelouse auquel on s’attend pour une pelouse à portique et buissons de roses
une antenne relai brillante
un camion sur l’autoroute transporte une machine jaune type tractopelle plus grosse que lui
les bouleaux sont nus
le train double très vite « Antoine distribution », semi-remorque sur la voie de droite
son épaule droite, sous les mailles très larges
« Vanderstrateen » dans le sens contraire, passe encore plus vite
les sapins verts, d’un vert sapin auquel je ne m’attendais plus
quelques arbres encore en or parsèment ce paysage endormi
je n’ai pas dit : il fait grand soleil
est-ce une bague de fiançailles qu’elle porte là ? ou l’espoir d’une bague de fiançailles ? Car les trois pierres me paraissent toc toc et toc
un numéro de téléphone est écrit au feutre dans le creux entre son pouce et son index
le corps de cette peut-être future médecin est décidément très écrit (jusqu’à mon clavier) et mes mains au-dessus des touches à seulement quelques centimètres de toute cette peau si dorée et ajourée, si présente là tout près, mais sa concentration est telle, à annoter ce document — et ses lunettes violettes assorties au stabilo
des nuages très bas, très gris, défilent, du fait du déplacement de mon point d’observation, à une vitesse supérieure à celle des nuages blancs plus loin, et le ciel bleu reste bleu et ne bouge pas — en fait si le train ne bougeait pas, rien ne bougerait
parfois le long pinceau d’un peuplier dénudé semble peindre le ciel
éoliennes, merveilleuses fleurs géantes ! blanches et tournantes
me frappe : un champ vert vif presque fluorescent dont la couleur stabiloterait à merveille le sous-titre du paragraphe sur les aides-soignantes
Rayban et iPod nano, la marque du soutien-gorge m’est cachée, saurais-je, avant l’arrivée du train, la révéler ?
l’ombre sans fin des éoliennes, l’ombre des pales, plus grande que les pales, qui tourne donc plus vite que celles-ci
des caisses en bois par centaines empilées dans la cour bitumée de l’entrepôt Priméale
la lumière clignotante inutile le jour, sur la nacelle de l’éolienne, cette nacelle accessible par l’invisible escalier en colimaçon que le large tronc de l’éolienne dissimule
entre ses lèvres, juste devant moi, elle glisse un feutre, rouge comme je le suis à jeter un regard indiscret sur son corps au travail
beaucoup de verdure dans les champs, un vert sombre aux reflets blanc (les feuilles retournées)
m’assoupis
m’éveille dans une ville – attention au passage sans arrêt de nos corps
panneau de signalisation, pour une direction entre deux colonnes de maisons à deux ou trois étages, serrées les unes aux autres comme des immeuble, « Batignolles », « Gare S.N.C.F », ce singulier à « gare » me rassure sur ce que Batignolles m’avait fait craindre : le retour du train à Paris
cour de ferme, vaches dans la boue, auges remplies
le ciel à nouveau gris, ocre clair
elle dessine un schéma, feutres de couleurs, lignes et courbes, légendes, dosages, le bocal d’une perf, le mot de patient au bout d’un jeu de tuyaux tracés à la règle
étangs tracés à la règle, haies taillées à la corde, routes venant des cartes, des GPS, des satellites, de la théorie de la relativité, d’Einstein, de Newton
je peux enfin lire la marque de son soutien-gorge (je ne dis pas comment je m’y suis pris) : « tam-tam » ; une peau tendue où poser mes paumes
m’assoupis
éveil face silos accolés si haut que depuis ma place je n’en vois pas le haut
annonce haut-parleur, de la voiture restaurant, ce qui veut dire que les clients l’ont désertée, le barman bat le rappel
ciel d’aquarelle, il faudrait du blanc, du rouge, du jaune, et mélanger beaucoup
maisons à verger, maisons à potager, maisons à jardin fleuri, maisons à jeux d’enfants sur pelouse, maisons à pelouse vide, maisons à voitures
limité à 50
elle s’est endormie, sous son écharpe de laine et sa veste, elle a froid, rien d’étonnant… il faut dire, ce pull…

Mots-clés

neige, froid   train   corps  
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