…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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il y a (7)

mise en ligne : mardi 7 mai 2013

début mai 2013

il y a un visage, d’un souvenir, d’un seul
un certain visage, d’un certain passé
qui peut, à tout moment, nous attendre
nous atteindre

à travers les strates pourtant inexistantes du temps

un visage ne se sauvegarde pas comme la matière, ou la lumière
un visage est en permanence imaginé
à part cette pointe courte qu’on appelle présent
qui peut blesser aussi, mais plus rarement qu’un souvenir brut
un souvenir qui serait sans visage

(si j’ai dit temps, je voulais dire souvenir)

alors
on sait qu’à chaque coin de rue
à chaque arrêt de bus
à chaque conversation
à chaque mort que l’on embrasse
à chaque fleur trop lourde tombée de l’arbre
à chaque étang au milieu duquel coule un reste de barque
à chaque sommet où l’on ajoute un caillou longuement choisi
à chaque devanture qu’on avait oublié
à chaque digicode inconnu
à chaque minute
peut-être
on le sait sans l’attendre

on l’attend sans y croire
il peut revenir, évident
(il suffit aussi de se rappeler ses seuls yeux pour faire venir ce visage)
implacable comme l’amnésie qui en plus de contenir l’absence contient l’oubli de l’absence

et

il n’y a pas que le souvenir
il y a le culturel
l’inoculé
ce qui se sait et fait disparaître des villes entières
réduit des néants
dans ce qui dissémine un poison

quant à celui, par exemple, qui lit, qui travaille
(il s’appellerait Roland) il sait bien qu’il est esclave
mais il faut bien vivre, lui, tout comme la société
(on lui reproche : "vous êtes un paresseux !")
mais il refuse
il se déverse dans une liberté (dont on ne sait rien)
ou il déverse sa liberté en lui (dont on ne sait rien non plus)
on ne sait pas ce qu’il deviendra
dans les rues de la ville il y a son amour
("peu importe où il va dans le temps divisé", etc.)
oui,parce que ce n’est pas le moment dont on parle
nous parlons ici au présent
(celui d’un l’élan)

ensuite
d’un visage qui peut-être imaginé pour plus tard
pour demain
qui va saupoudrer sa présence dès maintenant sur nous
et pendant la nuit, plus fort encore
il restera, au réveil
une pesanteur
(parviendra-t-elle à étouffer la parole ?)

et les autres visages
tous les autres souvenirs
et le vent qui les pousse
ou les chasse

Mots-clés

temps   écrire le souvenir   ville  
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