…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Commerce du corps

mise en ligne : vendredi 10 mai 2013

4 mai 2013

Régulièrement je place ma tête entre les mains des coiffeuses. Je leur demande, à toutes, toujours la même chose, et chaque coiffeuse obtient pourtant de mes cheveux un portrait différent.

À quoi pensent-elles, quand elles s’arrêtent en chemin, ayant terminé la coupe à leur idée, évaluant leur ouvrage, avant de poursuivre jusqu’à ce que j’ai demandé ? (Mais qu’ai-je demandé ?)

Elles sculptent, dans le silence de leurs ciseaux, selon leur désir et je regarde le faisceau de celui-ci venir doucement coïncider, parfois peu, parfois plus, avec le mien.

Je demande toujours très court, peu épais, une façon qui leur laisse le choix de s’arrêter avant, d’essayer en chemin, d’explorer les possibles qu’offrent mes cheveux dans le temps qui reste avant la prochaine tête dont elles feront à nouveau ce qu’elles veulent, jusqu’au soir, au moment de balayer les mèches inutilisées et d’abaisser le store grillagé.

À certains moment du processus, il est nécessaire d’entamer une conversation sur les côtés du crâne, sur le dégagé ici, sur l’au-dessus, sur le sens du cheveu, sur plus ici, moins là, et faire ainsi le tour du sujet, que je crois être moi mais en réalité j’ignore à quoi, à qui elles pensent. Ne sais pas moi-même ce que je pense. Et puis, faisons nous jamais le tour de quoi que ce soit ?

 

 

*

 

En photo, une carte postale d’Anne Taintor, © 2002
extraite de : "
I feel a sin coming on : 30 postcards", Chronicle Books.

Mots-clés

corps   visage   travail   identité  
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