…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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il y a (9)

mise en ligne : vendredi 17 mai 2013

étrange affaire que d’entrer dans un train, une rame de métro, un autobus
et de ne pas dire bonjour
ni à la cantonade
ni à ses voisins de banquette
ni même aux corps que l’on touche
contre lesquels on s’appuie
aucun bonjour, aucun regard
aucune caresse, aucun baiser
rien que l’indifférence que le métal a pour le métal

une tête à facettes aussi
qui plusieurs fois par jour présente un miroir différent
à ceux dont le regard s’y perd
interruptions répétées de la personnalité
clignotements
(l’anglais me paraît plus léger et plus clignotant, j’aurais tourné la phrase pour y placer flickering)

c’est bête à dire, mais
les voitures qui s’arrêtent au feu rouge
pour laisser passer celles qui ont le feu vert
et les piétons
tout cela fonctionne à merveille
ces règles sont bien admises par tous
toutes conditions sociales, tous âges, toutes origines
car autrement ce serait un drôle de monde
de bousculades, d’accidents
on se battrait aussi au coin d’une rue autour du carambolage

ou encore
cet acteur seul sur scène, on aimerait lui dire d’arrêter
juste ça, lui dire d’arrêter, qu’on en peut plus, que c’est trop dur
qu’il peut laisser l’histoire de cet homme au livre dont elle vient
ou la laisser à l’homme dont le livre raconte la mort, l’avant-mort, l’après-mort
je ne dis pas de sauter sur scène pour le prendre au cou
mais simplement… or, personne ne fait ça
la Cité reste paisible
le respect universel et routinier
les écarts criminels existent
(encore une routine)
et nous permettent d’imaginer qu’un monde dans lequel ces écarts seraient la règle
existe
d’ailleurs de tels mondes existent, pour certains, c’est le scénario qu’ils jouent
sans scène
(l’indifférence que le métal a pour la chair)

et puis il y a les corps
les corps qui se parlent sans que les bouches ne se décident à s’ouvrir
ni les mains
pourtant un monde existe où les corps se touchent et se déshabillent
font l’amour
ou le font sans amour mais exultent
à chaque coin de rue, au-dessus des ruines

tous ces mondes se taisent
pour laisser le notre
le laisser couver ce qui vient
ce qui est déjà venu dans les silences
(oubliés)

et dans la rue dès midi
les brasseries qui hurlent "C’EST L’HEURE DE MANGER"
aux ventres des passants vides
l’odeur de friture creusant jusqu’aux squelettes
le trottoir débordant d’envies
celui qui achète une "festival" plutôt qu’une baguette 
celle qui achète un iPhone 5 plutôt que rien
ceux qui n’achètent rien plutôt que de se vendre

(pendant la journée, l’ombre unique des lampadaires attend la nuit
de pouvoir se multiplier
envahir les rues
les façades 
dès que la cloche de fin de l’happy hour a sonné)

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