…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

AVERTISSEMENT :
Ce texte a été publié il y a longtemps, par conséquent, il commence à s'effacer. Les textes de plus de quatre ans sont presque illisibles. Prenez garde.
Voir la page vernis numérique pour en savoir plus sur cette patine numérique.

Je ne me souviens pas

mise en ligne : mercredi 4 septembre 2013

Je ne me souviens pas de la mort de Casimir et d’Hippolyte.

Je ne me souviens pas des téléphones qui ne sonnent plus.

Je ne me souviens pas des supermarchés vides.

Je ne me souviens pas des plages interdites jonchées de suicidés radioactifs.

Je ne me souviens pas de la fin du web.

Je ne me souviens pas des dernières autoroutes.

Je ne me souviens pas du dernier reportage.

Je ne me souviens pas quand j’ai arrêté de lire.

Je ne me souviens pas des nano-drones de surveillance urbaine et domestique, qui peuvent passer sous les portes, par les voies d’aérations, les narines et les oreilles.

Je ne me souviens pas m’être gratté alors.

Je ne me souviens pas de l’adoption de la Constitution de Bonne Protection des Citoyens, votée par le Décret de déduction démocratique des meilleurs choix.

Je ne me souviens pas des dernières nappes phréatiques.

Je ne me souviens pas des contrôles inopinés de personnalité, dans la rue, au magnétique-frontal, ni de ceux silencieux pratiqués au nano-drone pour équilibrer l’espace public.

Je ne me souviens pas de l’actionnariat obligatoire à dette variable pour sauver le système.

Je ne me souviens pas des derniers avions de ligne au kérosène dilué, tombés dans l’océan.

Je ne me souviens pas non plus de mon dernier souvenir non refabriqué.

Je ne me souviens pas du programme mondial d’amélioration génétique avec calendrier obligatoire de rencontres H/F pour les moins de dix-huit ans.

Je ne me souviens pas du retour des usines.

Je ne me souviens pas des salaires calculés et réajustés en temps réel selon l’état du Marché.

Je ne me souviens pas des murs recouvrant les horizons.

Je ne me souviens pas des premiers votes hebdomadaires de redressement démocratique, tracés, obligatoires et payants, ni de la mise en place du vote par défaut en cas d’abstention.

Je ne me souviens pas des alertes pour vol de personne, vol d’enfant, vol d’organe, vol d’identité.

Je ne me souviens pas du principe des consentements postérieurs.

Je ne me souviens pas de ma première P.I.A.D. : pensée intime assistée à distance par des programmes de développement personnel financés et créés par un partenariat public/privé.

Je ne me souviens pas de la connexion silencieuse généralisée au moment de la déconnexion de tout le reste qu’on avait développé et utilisé.

Je ne me souviens pas des implants électroniques de naissance placés cinq semaines avant l’accouchement.

Je ne me souviens pas du remplacement des abeilles.

Je ne me souviens de la correction annoncée du dernier bug, de la dernière erreur, du dernier mauvais rouage.

Je ne me souviens pas des essais de thérapie politique matinale à la radio, par hypnose avec nano-injection automatique des molécules nécessaires.

Je ne me souviens pas du système des obligations librement choisies.

Je ne me souviens pas de la dernière loi.

Mots-clés

mort   science-fiction   politique  
Vous pouvez soutenir mon écriture en achetant un livre, en commandant une Nuit écrite à la main pour vous, en devenant abonné.e à partir de 1 €/mois via Tipee, vous pouvez aussi