…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Village, bientôt la fin ?

mise en ligne : vendredi 13 septembre 2013

12 septembre 2013

Pour que le livre me semble équilibré, je crois qu’il me faut encore écrire vingt à trente mille signes. En attendant, pour fêter le franchissement de la barre symbolique de 200 998 signes, un extrait. En le choisissant, relisant au hasard, je me suis rendu compte qu’il me faudrait peut-être plutôt relire et corriger plutôt que de produire encore des pages… 

*

Avant Tanville, la gare de Happe. Elle est si vieille que la ville s’en évapore dès qu’on y rentre. Faïence grise au mur, qui était blanche, et carrelage usé, motifs bulbeux d’orange et de blanc, bancs de bois polis par les fesses des voyageurs, par centaines de milliers, même les années n’en ont peut-être pas vu passer un million, dans cette gare qui semble toujours vide, qui l’est le plus clair du temps. Peu de trains passent, encore moins s’arrêtent. C’est une entrée dans le temps passé au passage de cette porte-fenêtre à battants, aux montants de bois. Seuls quelques signes modernes permettent de situer cette gare dans ton présent. Un pèse bagage disparu affleure le sol, sa plateforme métallique est encore là et s’enfonce légèrement quand tu marches dessus. Des affiches en couleurs, et leurs trains récents, aérodynamiques et brillants. Des photos de paysages de vacances : montagne verte aux sommets blancs et aux visages rieurs, plage à palmiers, ciel bleu et corps dorés au soleil, slogans pour les régions, slogans pour le voyage. Des offres de réduction par système de carte qui paraît alors inutile et complexe mais beaucoup moins que ce que cela pourra devenir. Des tranches horaires de tarification, avec du blanc, du bleu et du rouge, sur le calendrier à date de l’année en cours et de la prochaine. Les trains qui s’arrêtent et repartent sont électriques quand la faïence avec son usure sent la vapeur et la suie, le diesel, l’avant-guerre, le temps long de voyage et la campagne qu’on ne dirait pas plus sauvage, ce mot rappelle les animaux sauvages des reportages en Afrique, mais moins indomptée, moins chimique, moins électrique, moins tondue et taillée, plus libre en apparence, plus rouge de coquelicots, plus bruissante de hannetons, plus boisée, plus séparée des villes ; ses murs semblent plus proche du temps d’avant-guerre que le temps d’aujourd’hui l’est du temps d’après-guerre, comme si les années grosses d’événements, de constructions, de nouveautés technologiques, de phénomènes indistincts pour toi encore, comme la dette et le chômage, avaient accéléré le temps partout, sauf dans cette gare, si peu dans cette gare.

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