…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Je ne me souviens pas, 4

mise en ligne : samedi 14 septembre 2013

Je ne me souviens pas de la dernière éclaircie.

Je ne me souviens pas de la réglementation des tortures.

Je ne me souviens pas du mépris comme préalable.

Je ne me souviens pas du remplissage des seize derniers octets.

Je ne me souviens pas de la dernière fumée sortie de la dernière cheminée, dans le dernier village laissé à l’abandon des mousses radioactives.

Je ne me souviens pas de la préemption sur les idées.

Je ne me souviens pas des délits détectés sur le bout des langues, dans le blanc des yeux et sur l’arrière des pensées.

Je ne me souviens pas des pèlerinages à Fukushima, ni de l’expansion du LHC.

Je ne me souviens pas des premières perturbations quantiques.

Je ne me souviens pas de la débandade des réseaux, ni des derniers pixels.

Je ne me souviens pas du jaunissement des écrans.

Je ne me souviens pas de l’empoisonnement des désirs, ni de l’effondrement des étagères.

Je ne me souviens pas de la confiscation des identités.

Je ne me souviens pas des fuites de matière noire de synthèse hors des laboratoires.

Je ne me souviens pas des premières failles non maîtrisées entre multivers.

Je ne me souviens pas des mutations chassées par les organismes de normalisation du génome humain.

Je ne me souviens pas des brevets placées sur les pensées.

Je ne me souviens pas du revirement des pacifistes.

Je ne me souviens pas de la guerre comme discipline olympique, art, merveille du monde et vertu.

Je ne me souviens pas du port obligatoire de combinaison pendant la saison des radiations d’univers parallèles.

Je ne me souviens pas des incendies des musées.

Je ne me souviens pas des résolutions sur les meurtres de masse.

Je ne me souviens pas des hirondelles, au printemps, brûlées en plein vol.

Je ne me souviens pas du gel des derniers grands aigles, servis en cube, avec un peu d’eau de vie.

Je ne me souviens pas des premières neiges brûlant la peau.

Je ne me souviens pas des premiers objets transunivers explosant à l’intérieur des corps, au hasard des ratés d’expériences.

Je ne me souviens pas de l’augmentation de l’accélération de l’expansion de l’univers, de ses conséquences sur les structures fondamentales de nos vies.

Je ne me souviens pas des oublis, vendus par téléphone.

Je ne me souviens pas de la dernière pomme.

Je ne me souviens pas du dernier souvenir.

Mots-clés

science-fiction   mort   politique   Fukushima  
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