…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Je ne me souviens pas, 5

mise en ligne : mardi 17 septembre 2013

Je ne me souviens pas du nouveau tracé des rues.

Je ne me souviens pas du renommage automatisé des villes.

Je ne me souviens pas de la spécification obligatoire des sexes.

Je ne me souviens pas de l’évaporation des lacs.

Je ne me souviens pas de l’éloignement des marées basses, des rifts siphons brûleurs d’océans.

Je ne me souviens pas du fossile des forêts.

Je ne me souviens pas de la saison mondiale des tsunamis.

Je ne me souviens pas des déferlements de sable.

Je ne me souviens pas de l’arrêt du calcul des décimales de π.

Je ne me souviens pas du départ des fusées, aux places hors de prix, guidées vers ce monde meilleur, ce paradis hors de la Terre, promis et vendu comme tel.

Je ne me souviens pas de l’élévation des villas, de leurs douves d’acides et des mitrailleuses robotisées.

Je ne me souviens pas quand les algorithmes de gestion du risque ont décidé de ne conserver que les machines pour réaliser les échanges de valeurs en bourse.

Je ne me souviens pas des API d’aide à la décision politique mis à disposition des gouvernements par des entreprises privées dites d’excellence.

Je ne me souviens pas des quelques hommes restés derrière les machines.

Je ne me souviens pas du renoncement.

Je ne me souviens pas du remplissage des doutes.

Je ne me souviens pas des injonctions par cent mille pages écrites serrées et annotées par des stagiaires et des avocats, des comptables et des dépressifs, approuvées par les comités ad hoc, désignés, nommés et reconduits en séance plénière et en différé, des pages contresignées par les élus d’un jour, traduites par des étudiants et des pessimistes, imprimées et mises en ligne par des humains ou des machines, exécutées par des élus d’un autre jour conseillés par des conseillers de carrière et questionnés, chroniqués, commentés, analysés, par des voix admises enfoncées dans les chairs, dans toutes les chairs et dans tous les esprits, dès le matin, tôt, au réveil, de ceux qui, assoiffés d’un café (soluble) pour les réveiller dans l’attente de réponses, ou au moins d’une voix, d’une consolation, avant de rejoindre les extérieurs brumeux des villes mécanisées, programmées, déversées en bitume fumant sur toutes les surfaces et à l’intérieur de tous les cœurs, rêvent encore.

Mots-clés

mort   politique   science-fiction  
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