…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Le parc au bord du bois

mise en ligne : samedi 23 janvier 2010

Elle et lui.

Là, assis, dans le parc au bord du bois. Côte à côte. Trop loin pour se prendre la main, trop près pour se taire. Eux, jeune couple pieds nus sur la pelouse fraîche, à quelques pas des arbres ancêtres.

Elle regarde ce hangar, en poutres et en tuiles, fragile sous le bois centenaire, mais suffisamment robuste pour elle. Il écoute ces feuilles qui murmurent au vent leur courte vie accrochée à la branche. Le vent, dans leur dos, qui pousse jusqu’à eux la rumeur du parc : les pas, les rires, les pleurs courent sur l’herbe. Devant eux, un chemin, où ils voient les passants marcher d’un bout du chemin à l’autre, et les enfants courir au bord.

Lui, ajuste sans cesse sa casquette. Visière devant, derrière, trop enfoncée, ou risque de s’envoler. Elle, entend une porte du hangar, qu’elle ne peut pas voir, qui grince et cogne. Elle a envie de se lever pour la fermer.

Ils échangent quelques mots. Des « tu te souviens », des « il faut », des « je pense que », des « j’aimerais bien ». Ils discutent puis retournent, lui à sa casquette et à ses arbres qui grandissent doucement, elle à son hangar et sa porte qui frappe et gémit.

Tout l’après-midi comme ça, des va-et-vient de mots, de bruits, gens qui passent, poussettes, ballons, cannes. Les enfants crient fort, les adolescents chahutent et rigolent, les adultes discutent, et les vieux, silencieux. De temps en temps, il retire sa casquette et l’arrange autrement. L’après-midi avance. Et la porte du hangar résonne dans le bois.

Et puis le frais gagne sur la lumière, ils s’en font la réflexion. Imaginent encore quelques « si on a des enfants » et « quand on voyagera ». Et puis il va bientôt falloir se lever et emprunter le chemin de graviers pour sortir du parc au bord du bois.

Ils se lèvent.

Il range sa casquette dans sa poche. Il aimerait bien longer le bois, entendre encore le vent bercer les branches. Elle passerait bien par le hangar, sentir l’odeur de sa charpente et s’assurer que cette porte ne claquera plus. Sans rien dire, lui regardant à droite et elle à gauche, ils se sourient, et décident de s’élancer à travers la pelouse.

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