…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Avant le Moulin.

mise en ligne : mercredi 18 septembre 2013

Emma ne danse pas si proche de Charles qu’elle l’aurait voulu. L’autre couple, un peu derrière eux, sont tellement l’un contre l’autre… Leurs joues fusionnent et ne sont qu’une peau ; Emma ne les regardent pas.

(La valse est entraînante comme une valse.)

Ce n’est pas vraiment qu’elle l’aurait voulu, mais quelque chose, dans une idée d’avant, d’il y a longtemps maintenant, lui dit doucement que le bonheur qu’elle devrait attendre est différent.

(Un vent léger transporte une odeur de tabac, et fait tinter les lustres.)

Emma ne pleure pas vraiment, c’est à peine une larme, presqu’un bijou qu’elle aurait sous l’œil, une goutte de jade qui ornerait son désir impossible à assouvir.

(Le temps est doux comme l’ombre d’un nuage, l’été.)

Pour tout le monde ici, Emma est heureuse, Charles comblé. Il n’y a qu’à regarde le visage d’Emma, rose sous l’ombrage, un sourire bien dessiné, si l’on regarde de loin.

(L’accordéoniste s’éloigne, ou tourne le dos, on pourrait croire le silence.)

Mais qui s’approcherait, et serait attentif à ce sourire, sur ce visage qu’elle porte comme sa robe qui en semble un prolongement, verrait la mélancolie de son regard planant au-dessus des feuillages, le doute dans cette bouche qui force un sourire pour l’occasion.

(Quelqu’un a renversé une bouteille de vin, des rires et des cris éclatent avec le verre.)

Les yeux d’Emma regardent bien trop loin pour que le bonheur puisse être, pour elle, ici et maintenant, avec Charles. Son œil droit est un déchirement, sa larme de pierre, elle ne la quittera jamais, elle pèse sur Emma et pèsera sur elle longtemps encore après cette valse.

(Pour combien de temps ?)

*

Le moulin de la galette, Renoir. Au Musée d’Orsay, Paris, et zoomable sur Google Art Project.

Mots-clés

Auguste Renoir   visage   fiction  
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