…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Perdu

mise en ligne : mardi 8 octobre 2013

4 octobre 2013

C’est peut-être la lecture de Pays perdu, de Pierre Jourde, il y a deux ans, ce livre impeccable qui m’avait semblé proche de mon travail en cours, qui m’avait fait abandonner Village, pour environ un an ; pas abandonner mais je m’étais senti comme si l’herbe m’avait été coupée sous le pied. Un livre différent en réalité, un pays différent, une écriture différente ; rien à voir au fond. Chez Jourde il s’agit d’un retour au pays pour un enterrement, tout cela est loin de ce que j’écris, pourtant c’est comme si j’avais voulu écrire Pays perdu — il y a la notion de village en commun, c’est ça, ce mot, qui m’a arrêté net — ces descriptions de la vie rude et pure dans la boue, la merde et les espaces vides, sans le pouvoir réellement pas car je ne connais ni l’Auvergne ni l’époque dont les souvenirs peuplent le livre.

(Au fond, je ne pense pas que cette lecture m’ait arrêté, je cherchais simplement un moyen de connecter ce que j’avais, de savoir si j’en avais fini ou s’il manquait quelque chose et quoi, et où, et comment. Tout est arrivé au même moment, alors comment savoir ?)

Aujourd’hui j’ai peur que La première pierre ne reproduise le même effet. Encore une fois c’est un grand livre, encore plus que le premier parce qu’il arrive à montrer ce que montrait, pas tout, une atmosphère, Pays perdu, tout en reliant le narrateur ("tu" [1]) à son statut d’auteur déraciné (au sens passif, il n’a pas voulu se déraciner, on le lui a fait comprendre par ce lynchage et même, juste avant par des mots définitifs) en y ajoutant cette réflexion sur ce qu’est la fiction ("je"), le rapport de la réalité à l’écriture (et à sa réception dans le réel) ; c’est habile, tout cela est bien agencé, le procès crée un suspens romanesque, il y a le chapitre sur l’estive qui est littéralement mythique.

(Pays perdu, je ne l’ai pas lu il y a deux ans, je rêve un peu ces sensations à la lecture de La première pierre. Je l’ai lu voilà aujourd’hui un peu plus d’un an, un an et demi peut-être, comme en témoigne la date de l’extrait publié ici, mais tout rêve n’est pas mensonge.)

Bref, un livre encore plus éloigné de mon projet de Village qu’il soit possible. Seulement, quelque chose me fait dire que, voilà, c’est écrit, quelqu’un a écrit ce que j’aurais voulu écrire — non pas vraiment ce que j’aurais voulu écrire, pas du tout même, mais j’aurais aimé écrire ces mots — en fait, cela n’a rien à voir. Le plus dérangeant pour moi est peut-être le plus insignifiant à première vue, pas le moins important, ce petit quelque chose qui nous rapproche, c’est l’usage du "tu", pour des raisons pas si éloignées, sur le plan purement formel ; voilà ce qui me gêne, c’est qu’il m’a piqué mon truc de l’adresse en "tu" [2] ! Même si là encore une grande différence d’utilisation, même si la motivation est très proche, et même s’il n’est pas le premier, et personne le dernier, et même si, etc.

(Enfin, tout cela qui n’a aucune importance me parasite. Ou d’écrire que cela me parasite me permet d’évacuer ce trouble et va, dès demain qui sait, me permettre de poursuivre, et d’achever, je pense, j’espère, je planifie, je contractualise, d’ici deux mois, ce Village.)

[1] écouter par exemple ce Carnet d’or.

[2] On glissera ici un smiley rieur.

Mots-clés

en cours   Pierre Jourde  
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