…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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En écoutant la bourgeoisie

mise en ligne : mardi 22 octobre 2013

21 octobre 2013

J’ai écouté l’émission "Littérature et révolution" du 5 octobre 2013, podcastable, d’Alain Finkielkraut qui invitait Tristan Garcia et Yannick Haennel, pour deux livres que je n’ai pas lus.

AF : "Vous parlez des parias, des sans-papiers, des gens qui viennent d’ailleurs et notamment d’Algérie, donc comment se fait-il qu’on puisse dire simultanément ’la France c’est le crime’ et que la France reste un pays aussi attirant pour ceux-là même dont l’État dénonce la France puisqu’on parle même de la colonisation comme [d’]un génocide. Les Juifs ne se sont pas précipités en Allemagne quand ils ont vu, pendant 5 ans, que l’Allemagne c’était le crime."

J’ai écouté cette émission au moment où Léonarda Dibrani [1], tout juste expulsée de France, faisait parler d’elle…

TG : "il me semble que dans le livre de YH il y a d’abord une réponse à […] ’nous sommes condamnés à vivre dans le monde dans lequel nous sommes’ (François Furet), et je pense qu’il est difficile de répondre [que ces sans papiers] ont quand même une identité […], alors que le but du livre Les renards pâles est de répondre à la question de l’absence d’idéal."

…et que la presse signalait le rapport du ministère de l’intérieur qui mentionne les absences répétées, la violence familiale, les larcins supposés du père.

AF : "une politique est-elle concevable en dehors d’une communauté particulière ? […] la société n’est pas un aéroport."

Ne pas travailler, ne pas aller à l’école, voilà ce qui était reproché, voilà pourquoi certains disaient que les Dibrani méritaient, tout d’abord, un non-retour en France, voilà aussi ce qui, à leurs yeux, justifiait l’expulsion, la leur et les milliers d’autres.
Et puis le père menteur, voleur, violent, ne payant pas ses factures en Italie.

Répondant à AF, à propos des autres desquels on hérite la République :
YH : "je n’ai pas les mêmes autres que vous."

Je me suis souvenu des manouches qui passaient dans la commune où je suis allé à l’école primaire et au collège. Ils n’allaient pas à l’école, bien qu’ils auraient pu y aller et peut-être même que la loi les y obligeait.
La vie nomade est fantasmatique. Cette grande liberté, qui coûte une éducation, une culture, mais cette éducation, cette culture, qu’ils n’auront pas, est la nôtre. Notre sédentarité nous coûte une autre éducation, une autre culture, nous n’aurons pas la leur.
(Bien sûr, à l’école non plus on ne savait pas qui était menacé, maltraité, battu, qui avait un père menteur, etc.)
Un jour, un enfant manouche de notre âge vint jouer au basket avec nous, je me souviens un peu de la discussion, qui tournait autour de l’école, du fait qu’il ne venait pas en classe, et de sa réponse confuse, un tiraillement entre vouloir aller à l’école, dans ces classes et cours de récréation riches d’autres enfants, de connaissances, de jeux, de découvertes, et sa vie qu’il savait ne pouvoir quitter si facilement.
Nous aurions eut la même gêne à répondre s’il nous avait demandé pourquoi nous ne venions pas sur les routes quitter la culture du travail sédentaire, découvrir d’autres paysages et respirer un air différent chaque jour.

AF : "on a accordé l’indépendance aux pays africains" (YH rit) "on ne leur a pas accordé ils l’ont prise pour certains d’entre eux […] pourquoi dire tout le mal que l’on pense de l’occident alors même que personne n’aurait envie d’y vivre [en Afrique], pourquoi ne pas vivre à Bamako ou à Tombouctou ?"

Un sondage est même paru pour dire combien une majorité de la population française, peut-être sensible au manque de morale de ces nomades, ne voulait pas d’un retour ; même le président de la République s’est exprimé, finalement dans le même sens, ainsi que Dédé au bistrot qui disait la veille au patron opinant : "elle a qu’à revenir et pis intérêt d’aller pointer à son lycée, sinon, zou, au pays ! Sinon c’est trop facile, tu comprends, et puis la loi c’est la loi, enfin quoi. "

TG : "on a aussi hérité des gender, des postcolonial studies."
AF : "C’est pas de chance, hériter des gender…" [2]

Nous héritons probablement des lois Pasqua, Chevènement, Sarkozy et des circulaires Valls.
Nous n’avons pas encore hérité du nomadisme. Le pourrions-nous ?

La lutte était vaste encore.

J’ai tout éteint.

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