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Précieuse substance

mise en ligne : jeudi 14 novembre 2013

12 novembre 2013

C’est l’histoire vraie de scientifiques qui découvrent, à plusieurs années d’intervalle et à des milliers de kilomètres de distance, en pleine guerre froide, un nouveau matériau, formé d’H20 exclusivement, plus dense que l’eau, qui n’est pas de l’eau.

1949, 1962, 1966, les publications concordent et se confirment les unes les autres : il y a quelque chose. C’est aux États-Unis, c’est en Russie, les résultats sont similaires, le partage des connaissances est ce qu’il est entre les deux blocs (quasi absent), mais il faut aller plus vite que l’autre et en tirer profit avant.

1969, Polywater, le mot est trouvé. Les analyses de spectres concordent et les molécules semblent former des hexagones. Les journaux grand public en parlent, New York Times, Washington Post, Saturday Evening Post, parce qu’il s’agit d’eau et que tout le monde utilise de l’eau et en est même majoritairement composé. La CIA s’intéresse, le magasine Nature publie un article : cette matière est peut-être la plus dangereuse qui existe sur Terre.

Et si la totalité de l’eau terrienne se polymérisait en chaîne ? Est-ce que ça existe à l’état naturel ? C’est le graal de ces quelques années, on soupçonne que le premier à produire massivement la poly-eau sera le vainqueur toute catégorie et pour toujours.

Le doute persiste pourtant, 1970, car quelque chose cloche. Un nouveau chercheur s’intéresse, et prend en compte un des doutes de la publication de 1966, en Russe uniquement, et qui parlait de sodium. Il essaie de reproduire l’expérience, de retrouver la structure moléculaire densifiée et finit par utiliser de la sueur prélevée directement sur sa chemise, car cela lui paraît être, à proximité de l’expérience, ce qui se rapproche le plus du doute qui le travaille alors.

1971, c’est publié, et c’était bien cela : de la sueur s’était glissée dans les tubes de tests à dimensions capillaires, de la sueur tombée des sourcils qu’on imagine froncés, concentrés dans un effort pour révolutionner le monde.

La sueur a fait tourner la tête de l’industrie, de la Défense américaine, en pleine guerre froide, la précieuse substance d’eau-poly qu’il fallait "produire en masse" était en fait cette autre précieuse substance, la sueur humaine, dont les deux grandes puissances disposaient déjà à ne plus savoir quoi en faire, parfois une petite guerre en Asie, pour le grand jeu de monopoly mondial, pour la production et la domination, appelée "capitaliste" ici, ou "communiste" là.

Cette substance est, encore aujourd’hui, une très précieuse ressource, produite et utilisée en masse, à des coûts de plus en plus bas, pour des profits de plus en plus élevés, on se déchire pour elle et par elle, on la gaspille aussi et il en reste toujours.

C’était bien cela. Les chercheurs ne s’étaient pas trompés.

*

L’histoire complète et précise, en anglais sur Slate

Via @cynorrhodon

Mots-clés

eau   science-fiction   économie  
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