…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Je ne me souviens pas, 8

mise en ligne : vendredi 15 novembre 2013

Je ne me souviens pas d’avoir mangé de l’aluminium.

Je ne me souviens pas du départ des Différents.

Je ne me souviens pas du PASDEM créateur de Croissance : Programme d’Aide et de Soutien au Développement des Milliardaires.

Je ne me souviens pas de la perte des couleurs, en toute surface, cette disparition lente et définitive, au profit de quoi ?

Je ne me souviens pas du taux de convertibilité de la sueur.

Je ne me souviens pas du racisme fait loi.

Je ne me souviens pas de l’assassinat des justes.

Je ne me souviens pas des dérives faites cap.

Je ne me souviens pas du dérisoire de dire.

Je ne me souviens pas des hauts-parleurs partout, du tambourinement permanent sur nos crânes, jour et nuit, pour que quelque chose entre et n’en sorte pas.

Je ne me souviens pas des traces d’ongles sur les murs, sur tous ces murs et jusqu’à l’intérieur des crânes.

Je ne me souviens pas des dialogues dans le bruit de la haine pure.

Je ne me souviens pas de la violence telle qu’elle empêche qu’on la dise.

Je ne me souviens pas des ruines qui s’effondrent sur les corps abandonnés.

Je ne me souviens pas m’être aussi vautré dans la fange des pensées.

Je ne me souviens pas m’être aussi laissé faire.

Je ne me souviens pas avoir suivi.

Je ne me souviens pas avoir frappé.

Je ne me souviens pas en avoir été ivre.

Je ne me souviens pas avoir crié avec les autres, avoir chanté avec tous, avoir été là comme tous, je ne me souviens pas de la facilité de ça, de la course tous ensemble corps serrés vers un objectif invisible à cause de la foule mais certain à cause de ce que disaient les hauts-parleurs, la radio, la télé, de ce qu’on lisait partout et les mots dans ma tête pendant les rêves et les méditations, pendant les lectures et les trajets, engourdi, je ne me souviens pas de la certitude d’arriver quelque part et d’y crier avec les autres, et d’être là corps parmi les corps, voix parmi les voix, poids dans le poids, cellule dans le corps plus grand, plus solide, plus permanent.

Je ne me souviens pas de l’oubli de tout ça, pour pouvoir dormir, ensuite.

Je ne me souviens pas du reste.

Mots-clés

mort   science-fiction  
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