…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Lire web

mise en ligne : mercredi 20 novembre 2013

7 et 17 novembre 2013

Lors de la partie consacrée à la lecture, dans la journée sur l’écriture collaborative, à Chambéry [1], un phénomène intéressant s’est produit. Moins de public a rapproché "la table ronde" [2] de la salle et une discussion à bâtons rompus s’est engagée, avec les bibliothécaires plus discrets que les professeurs, et une impossibilité, finalement, de parler de ça, de la lecture particulière au web, pressentie collaborative comme l’expérience AlphaLire l’utilise et comme le thème de la journée le suggérait.

Ce qui était intéressant, c’était cette impossibilité de comprendre ce qui se passe en ce moment, d’en parler. C’était plus difficile que le matin de parler de création car la création, eh bien voilà, ceux qui la font parlent des outils, des démarches, montrent des écrans, cela peut se lire, cela a été écouté, parfois. Et quant à le lire, oui, nous le lisons, mais comment ? Difficile de parler de sa propre expérience de lecture, je n’avais jamais pensé à ça plus loin que la balance entre le zapping d’articles courts de liens en liens, et la lecture longue, deux modes qui semblent s’opposer (mais peut-être pas) ; l’une comme l’autre pouvant se passer dans l’un ou l’autre monde, papier ou numérique, chaque monde facilitant peut-être l’un ou l’autre mode.

Un des problèmes à éviter dans ce genre de rencontres, est de comparer, de laisser la place à la comparaison avec le livre papier : nous ne venons pas pour ça, mais pour parler d’autre chose qui a encore besoin d’être réfléchi.

On pourrait lire Karl Dubost, La mesure de la lecture, ou ici un point de François Bon sur le mythe de la lecture continue, parler de la lecture hypertextuelle et dire que la saisie d’un commentaire à la suite d’un article est partie prenante de la lecture, ou le fait de retweeter avec un commentaire est plus que lire, moins que commenter, c’est quelque chose qui est sûrement, dans une université quelconque, étudié, maîtrisé, mis en thèse, en regardant ici par exemple, mais je n’irai pas lire, j’avoue.

*

Plus tard, à Paris, au salon de L’Autre Livre, une éditrice me montre un livre bilingue traduit de l’argentin de plus de mille aphorismes écrits par Antonio Porchia et traduits par Roger Caillois.

Je lui dis que que ce genre de livre est le candidat idéal pour se faire connaître grâce à une application numérique, web — bien sûr j’ignore tout de cet auteur peut-être archi connu — et j’évoque Twitter, et elle me répond direct : "oui mais là, c’est plus profond".

Forcément.

Ailleurs dans le hall, on me fait le coup du "on préfère le papier ici", qu’on m’avait déjà fait au marché de la poésie. Certes, Untel préfère le cheval, mais il va à Lyon en train. Et depuis on a même rapporté des récits de voyage du transsibérien.

(Qui aime l’odeur du papier ne sent pas le livre numérique.)

*

Que lire fasse écrire, que lire soit mêlé à écrire, que lire soit "collaboratif", ou à plusieurs, me semble d’autant plus vrai sur le web, ça l’était avant le web également, car même si l’usage principal était la lecture solitaire d’un roman, les livres étaient des sujets de discussion et pas seulement à l’école, c’est encore le cas. Sur le web ce phénomène est augmenté par la présence d’un champ de commentaire très facile à remplir (pour le meilleur et pour le pire, oui mais ne parlons pas de ça). De nombreux types d’écriture seraient à étudier, des catégories comme on en a dans le papier (où il y aurait un certain type de journal, les séries avec photo, les aphorismes ou les tweets, …) et avec cette autre écriture plus conversationnelle, qui vient du chat, est passée par les forums, les fils de commentaires, Facebook et enfin avec Twitter, qui ressemble à une immense plateforme de conversation en direct pouvant laisser la place aux monologues, aux liens partagés en favoris ; et ces façons d’écrire amène une lecture particulière, découpée autrement dans le temps, impliquant différemment le lecteur. Et il y a Wikipédia qui, ne se définissant pas comme source, a une manière particulière d’écrire ses articles, comme quelqu’un qui dit "j’ai lu que…", l’encyclopédie ne cesse de renvoyer ailleurs, et cela sur un ton qui n’est ni universitaire, ni journalistique.

Penser le lecture web est une affaire en cours, et je viens de découvrir que c’est à suivre chez Furtiv.es de Thomas Theovall.

[1] La présentation de la matinée et de l’intervention de Pierre Ménard, sur son site.

[2] Fanny Saintenoy, Pierre Ménard, Danielle Maurel et moi-même

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