…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Un Louvre un jour, 5.

mise en ligne : samedi 11 janvier 2014

9 janvier 2014
Salle Marie de Médicis

C’est pas simple.
Dire ça, déjà, pour commencer, et se dire que si ce n’est pas simple.
Se dire qu’il faut prendre le temps.
Parce que ça va être long à penser, à démêler.
Long de décomposer en éléments simples.
Diviser pour régner.
Parce que c’est que quelque chose est noué, il y a quelque chose qui est compliqué, ou complexe, et que penser peut défaire un nœud, ce quelque chose qui coince.
(Je sais que ce n’est pas pareil, compliqué et complexe.)
Pour l’instant, tout ce que je sais est que "c’est pas simple", et qu’il va me falloir y aller pas à pas.
Alors je pense comme je lis penser par exemple les textes de Leslie Kaplan, ses personnages, sa pensée sur les mots, la littérature, la politique.
Comme ça, par lignes courtes, par éléments les plus simples possibles, et répétitifs s’il le faut.
Je ne sais pas où ça va me mener, parfois les personnages ne sont guère avancés.
Nous le sommes peut-être plus qu’eux, alors vous le serez peut-être plus que moi.
Ce serait déjà ça.

Donc.
C’est pas simple. 

Il s’agit des ateliers du Louvre.
Du rapport à l’art, à l’œuvre, à l’image.
(Ce qu’on nous demande… et pas cher avec ça… m’accapare…)
Et à l’écrit, bien sûr.
Et au numérique, je n’en parle pas, cela va de soi, nous y sommes ici, écrivant, lisant, cela commence comme ça et suffit.
(…parce que ça m’intéresse, cela a mis le doigts sur quelque chose, en moi, précisément…)

Alors, au Louvre, le musée des musées, regarder une œuvre n’est pas simple.
D’abord parce que presque personne ne regarde.
Alors d’un coup je suis le seul à regarder, longtemps, et je transpire.
Je me mets ensuite à bouger, pour faire comme tout le monde, mais ça ne va pas.
Voilà, je suis comme tout le monde ici qui court, je ne comprends rien à ce que je vois.
C’est même précisément pour ça que je regarde longtemps.
En fait dire "je ne comprends rien", n’est pas exact, je devrais dire : "je ne sais rien à ce que je regarde".
Et j’ai beau regarder longtemps, je ne sais pas plus.
En revanche, je peux mieux comprendre.
Disons qu’au minimum, je vois mieux.
Je vois-comprends ce que je vois, uniquement ce que je vois et non pas ce que je ne sais pas.
Ce que je ne sais pas consiste en des aspects historiques, iconographiques… Bref, tout ce qui n’est pas sur la toile.
Parfois y est. Mais comment le voir, si je ne sais pas ?
Je vais au musée où il n’y a pas que les toiles, il y a aussi les notices.
Je les lis parfois, les comprends souvent, mais celle-ci par exemple :

"le nécessaire dialogue entre les arts cf. leur symboles au premier plan)".

(C’est de Rubens. Au départ, au début de la salle, je ne savais pas que la reine Marie de Médicis avait commandé 24 tableaux à Rubens, et qu’ils sont tous là. Alors d’emblée j’ai vu autre chose que ce que j’aurais vu si j’avais su.)

En bas de cette toile, je vois plutôt des arts qui ne dialoguent pas, éparpillés au sol, un visage hurlant (j’y reviendrai), un buste expirant, une pauvre palette de deux couleurs, un instrument de musique qui a peut-être été cassé par le buste. L’éducation de la Reine concerne un art que l’artiste qui a peint la toile considère comme mort, le manche du ciseau du sculpteur nous et tendu, à notre hauteur, dans le bon sens, il nous dit que l’art est à nous, que nous pouvons apprendre à la place de la Reine, dont l’éducation est sans issue artistique — Mercure, "dieu de l’éloquence" semble plutôt s’apprêter à "tirer le rideau" — mais elle accapare (ce mot, encore) toutefois la peinture, toute la palette est vidée de sa peinture possible pour cette grande toile officielle, sauf le rouge, et le blanc qui servent, un peu plus à droite à fleurir le tableau, de sept fleurs discrètes, deux rouges, cinq blanches, sans tige, non fleurs mais taches de peinture, création libre dans cette toile.

À noter aussi le regard d’Orphée, le joueur de violoncelle, qui n’a d’yeux que pour les Grâces, il se passe de l’éducation officielle et plonge directement dans le corps (le sien, celui de ces trois femmes dénudées, que représentent-elles ? Le désir de jouer, le désir d’arrêter de jouer : son corps semble poser l’archer et partir vers elles.

J’ai d’abord pris la tête hurlante pour une toile, un portrait de cri. Mais lors de l’atelier d’après les Todolistes de Christine Jeanney, pendant lequel, par deux, chacun donne à l’autre un détail sur lequel il écrira, on m’a donné ce visage, j’ai bien dû y regarder de plus près, ce bouclier, tout en conservant mon impression première. En fait c’est sûrement Méduse, sa tête fraîchement tranchée après qu’elle eût été médusée par son propre reflet dans le bouclier poli dans ce but par Persée. La notice ne dit pas ça, pourtant ses serpents de cheveux sont presque bien visibles, la forme du bouclier… Marrant (façon comme-de-par-hasard je lis ce livre qui traînait depuis deux mois en ayant oublié son personnage principal) que je commence tout juste Bunker anatomie, de Claro, dont la personnage principale est une Méduse contemporaine ; on apprend au début qu’elle collectionne dans son jardin les statues de ses amants pétrifiés.

Hormis pour baiser, Méduse ne quittait jamais ses lunettes de soleil.

Pas certain que je sois plus avancé.  

Mots-clés

écrire   lire   art   Rubens  
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