…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Ce désir de guerre

mise en ligne : samedi 22 mars 2014

4 mars 2014

Ce désir de guerre qui surnage de l’océan de tweets à propos de l’invasion de la Crimée. On y parle de "WWIII", de "Troisième Guerre Mondiale", que "tout commence toujours là-bas", "dans les Balkans", enfin, "l’Europe de l’est", plus ou moins, et l’idée de crise financière mondiale se relie d’elle-même, par une forme de pensée magique, à ce début de crise politique intense, cette invasion de la Crimée, ce qui ressemble à une véritable guerre, mais quelque chose n’est pas clair, il y a des "soldats sans insigne" ; la Syrie a un rôle dans tout ça, ou aura le nouveau rôle qu’elle aura comme conséquence de la prise de la Crimée, et puis il y a l’implication des États-Unis qui se raccroche à ça, celle de l’Union Européenne, de la Chine, du monde entier semble-t-il, du monde "connu", cela a l’air à la fois d’une importance capitale, mondiale, et d’un retour naturel à quelque chose d’un droit de la Russie car finalement rien d’autre que l’armée Russe, ne semble bouger, bientôt Poutine prononcera des mots sans ambiguité.

Bref, sous ces peurs, je lis, et le lis d’autant mieux que le lis en moi-même, un désir de guerre mondiale.

Oui, je dis que je le lis en moi-même, étant moi-même atteint de cette pensée magique, d’une part, une fois identifiée elle disparaît, mais si je ne prends pas garde… penser, comme pour la première ou la deuxième guerre mondiale, qu’après tout sera à refaire, tout devra renaître, être reconstruit. Croire qu’il faut une guerre pour que ce monde là, de misère, de chômage, d’exploitation, d’inégalités, de famine, etc. disparaisse, que cesse la crise sans fin, que le capitalisme meurt, ou, au minimum, recommence comme en 45, en imaginant des concessions, car massivement une peur de tout changer flotte dans le désir politique, et la façon "capitalisme à l’ancienne" a comme des attraits — comme si celui-ci avait quelque chose de moins violent que le capitalisme financier actuel, comme si c’était différent — et que tout cela reprenne sous forme d’années de plan Marshall ou tout est à bâtir, avec de la musique qui vient d’Angleterre, des États-Unis…

Alors qu’en réalité derrière une guerre l’idée est, pour le pouvoir, de "rassembler les troupes", même quand il n’y a plus de service militaire, comme derrière une équipe nationale de football — et le lien entre la persistance du patriotisme et la promotion des équipes nationales, les mots France, français, dans les discours, dans les éditoriaux, dans les sondages — tout concourt à nous maintenir dans un mois de février permanent, la guerre c’est toujours pour demain, on ne pourra pas finir le mois : au lendemain du vingt-huitième jour il faudra se battre ; et d’ailleurs Poutine, storyteller impeccable, commence sa guerre après avoir hissé les drapeaux au-dessus des pistes de Sochi, peut-être aussi le temps, après la fin des cérémonies, de prendre quelques informations (qui ont du mal à franchir la porte des médias démocratiques et accessoirement pro-UE, car il est bien connu que si vous n’êtes pas dans un camp, "you are against us"), et la commence le 1er mars.

C’est ce que j’ai réussi à identifier, au milieu de la confusion généralisée, qui est aussi la mienne, et donc je l’ai identifié en moi, que signifiait cette confusion, ou plutôt que contenait cette confusion, sous forme de pensée magique : un désir non-formulé de guerre, qu’on arrête le massacre, par un autre massacre, mondial si possible (comme s’il n’y avait pas déjà, dans les nombreux conflits armés dans le monde, une guerre mondiale en cours) pour mieux recommencer. En arriver à penser cela, ou plus précisément, en arriver à se surprendre à penser cela, faute de mieux, prendre ce qui vient, même le pire, se laisser porter comme par le vent (cf. le dernier Miyazaki), comment recevoir une telle pensée ? Comment réagir quand elle vient de soi ? Où est la politique ? Où est la subversion ?

*

Trois p’tits chats, trois p’tits chats
Trois p’tits chats, cha-cha
Chapeau d’paille, chapeau d’paille
Chapeau d’paille, paill-paill
Paillasson, paillasson
Paillasson, son-son
Somnambule, somnambule
Somnambule, bul-bul
Bull’ financièr’, bull’ financièr’
Bull’ financière et krach/

 

Roman statue of the God Mars, Found in Blossom Street York and dates from the early 4th century, Yorkshire Museum, York (Eboracum)
photo par Carole Raddato, licence CC by-sa

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