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Rouille subversion

mise en ligne : mardi 6 mai 2014

11 avril 2014

La soirée à la Maison de la Poésie était étrange…

Personne n’avait de réponse à cette éternelle question de "la vraie littérature", j’étais étonné de cette tarte à la crème. La sociologue a cité Bourdieu. L’écrivain a cité Proust. Et les vivants dans tout ça ? Aucun titre, aucun auteur cité. Difficile de parler dans ce cas…

Raconter des histoires serait anti-littéraire ? Réactionnaire ? Mais Emmanuel Carrère alors ? Laurent Mauvignier ? Pour moi, ceux-là raconte des histoires d’une manière que je ne connaissais pas auparavant. Cadiot lui-même, en fait, également, d’une autre manière encore. Pas un nom cité, comment parler ?

J’avais dans mon sac, le numéro 958 des Inrocks avec Damon Albarn en couverture et une "enquête" de trois pages sur les éditions inculte, (je découvrais alors l’absence de majuscule indiquée par l’éditeur) qui met en avant à la fois l’absence de manifeste et le fait collectif ; par opposition au manifeste commercial de l’auteur seul avant tout. Chez inculte, c’est une manière d’écrire, de lire, de réfléchir, qui ne suit pas la norme marketing de l’auteur-phare. Dominique Viart est cité en conclusion de l’enquête des Inrocks : "Quand la littérature se trouve poussée par le marketing médiatique à construire des figures d’écrivains fortement individualisées, qui valent plus pour leur personnage que pour leurs œuvres, l’idée d’un collectif a quelque chose de salutaire."

Lors de cette soirée, où il a été dit que tout existe, mais où l’on ne savait pas trop parler de ce que on préfèrerait qu’il existât plus que le reste qui sature les tables des librairies (parce qu’il faut bien vivre, si l’on vend [1] des livres) : il aurait fallu parler de la prescription.

Les Inrocks, mais Libération (par exemple) également, ne sont pas des organes de prescription, mais d’inscription. Damon Albarn, ex-Blur, ex-Gorillaz, va vendre son disque solo, aucun doute là-dessus, et puis il n’est pas le premier à se lancer dans une carrière solo, inutile de le prescrire, tout le monde écoute déjà Damon Albarn. Pourquoi inculte n’était pas en couverture ? Pourquoi seulement trois pages alors que sort chez eux un second livre sur le Devenir du roman ?

Je pensais à Gallimard, Grasset, etc., Houellebecq en couverture de ces mêmes Inrocks, Iacub qui parle de DSK en couverture de son propre journal, et à l’absence totale de risque pris par des grosses maisons comme ça, vu les monuments qu’ils vendent par ailleurs (monuments en terme de littérature, de ventes, parfois les deux à la fois).

Bref je me demandais
où est la prise de risque ?
où est passée la subversion ?

Ce qui rend difficile cette question, est qu’au sein même de ces grandes maisons, il y a la subversion — des îlots menacés d’être inondés par les flots des best-sellers mous qui les entourent — j’ai peur qu’elle rouille. Inversement on trouve du best-seller platement en puissance chez des éditeurs habitués au laboratoire, mais ils ne vendent rien du tout simplement parce qu’ils n’ont pas la bonne couverture. Tout cela conduit à la confusion. On ne peut pas jeter toute la poésie de Flammarion à cause du dernier recueil de Houellebecq, qui est une calamité formelle et une somme très attentive de clichés ; et d’ailleurs ce n’est pas la collection Poésie de la maison qui l’accueille, mais l’habituelle couverture, la même que pour les romans. De même qu’on ne peut pas jeter tout Gallimard parce qu’Alexandre Jardin [2] y sévit, alors que Jacques Roubaud sort Octogone, recueil formellement admirable et dont certains poèmes sur des thèmes aussi difficiles que l’approche de la mort sont la grâce même là où le pseudo-sombre Houellebecq échoue sur le même thème au premier obstacle : écrire le cliché sans faire du cliché.

Mais… je ne sais plus ce que je voulais dire. Si, que c’était confus, que c’était une éternelle question et que… oh et puis merde.

[1] ici j’hésite à dire qu’on pourrait penser la diffusion d’une littérature libre autrement que par les librairies, c’est à dire par les bibliothèques.

[2] et bis.

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