…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Tu n’as tué personne encore

mise en ligne : samedi 23 janvier 2010

Tu n’as tué personne encore. Alors je vais t’expliquer. Il faut bien choisir l’arme, et le sujet. Je te conseille de choisir d’abord l’arme. Si tu commences par choisir le sujet, tu ne sauras pas comment t’y prendre. A chaque fois que j’ai voulu faire ça, ça s’est terminé dans un bain de hurlements. L’agonie trop longue n’est jamais bonne. Alors que si tu commences par l’arme, tu verras qu’il y a toujours un sujet qui s’y adapte.

Si tu choisis la corde, tu devras ensuite trouver un sujet que tu peux approcher de dos, et alors, une fois placé, tu devras être rapide, et lui, devra être lent, tu passeras vivement la corde au dessus de sa tête, devant son visage puis sous son menton, elle sera autour de son cou avant qu’il ne comprenne ce qui vient de passer devant ses yeux, tu croiseras les mains le plus que tu pourras, la corde ne doit pas être trop longue. Alors ses mains agripperont la corde, c’est toujours ainsi. Tu devras serrer plus fort. Ses doigts ne pourront pas passer dessous. Plus fort. Sec. Quand il cherchera à attraper tes mains, il sera trop tard. Le sujet devra être assez léger pour que tu puisses soutenir le poids du corps après sa dernière larme, que tu puisses le faire descendre lentement vers le sol, pour l’allonger dans une position qui te plaira. Sur le côté, jambes repliées, le tête sur un bras tendu, comme s’il dormait. Ce ne sont que des exemples.

Si tu choisis le couteau, tu devras choisir quelqu’un que tu peux approcher de face, quelqu’un que tu connais, qui te connaît. Vous pourrez parler quelques instants, depuis tout ce temps où vous ne vous êtes pas vu. Tu prendras des nouvelles de sa famille, peut être que l’un d’eux correspondra à une des armes que tu rêves d’utiliser. Dans son dos, il y aura une fenêtre ouverte. Une grande fenêtre partant du sol, ouverte sur la ville, avec une barrière trop basse, un appartement dont tu auras forcer la serrure, après avoir espionner ses locataires pendant plusieurs semaines, un appartement où tu prétendras vivre. La fenêtre sera ouverte, il n’y aura pas de fleurs au balcon. Tu devras parler jusqu’à ce qu’il soit à moins de deux pas du vide. Le couteau caché dans ta poche ou dans ta manche sera soudain dans ta main. Tu viseras la gorge. Il ne criera pas. Tombera dans la rue. Les passants crieront et encercleront le corps. Tu descendras sur le trottoir, crier et encercler avec eux.

Moi, j’ai souvent tué. Le couteau et la corde ont été mes armes de débutant. J’ai tué en empoisonnant son parfum. J’ai tué depuis le haut d’un escalier. J’ai tué en freinant trop tard. J’ai tué en utilisant son arme de service. J’ai tué en l’embrassant trop longtemps. J’ai tué en me faisant passer pour le dentiste. J’ai tué avec plusieurs litres d’eau, du savon et un somnifère. J’ai toujours tué en regardant le sujet mourir. Je n’ai encore jamais tué en déposant une poudre doucement mortelle sur le papier d’une lettre que tu lirais.

Mots-clés

atelier   écrire   mort   fenêtre  
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