…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Genre jeune

mise en ligne : mercredi 21 mai 2014

19 mai 2014

Un RER non climatisé, la maison de la Radio, géante boîte à chapeau, on a envie de soulever le couvercle pour voir un grand, grand chapeau… Ou un cerveau surchauffé.

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Un parking n’est-il pas sale par nature ?

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Ce qu’on appelle un quartier bourgeois ? Au téléphone, elle : "Non mais l’immeuble est super moche c’est pas possible, on dirait un H.L.M. !" Moi il me paraît bien classe cet immeuble.

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Grâce à S et à son puissant réseau de sociologues et d’anthropologues, que je remercie vivement, j’ai eu ma réponse à cette question :

La cour de récréation est un des lieux où l’on apprend à être fille ou garçon, et plus encore où est exacerbée, mise en scène, rendue visible ou caricaturée cette différence. Cela semble dû à deux facteurs, la division en classes d’âge homogènes et la dimension d’espace public où l’arme de la moquerie (teasing) limite les relations et confusions entre les sexes. En revanche la présence de l’adulte atténue la différence de genre en particulier en classe. […] L’ouvrage de Barrie Thorne […] montre que les catégories de sexe ne sont pas imposées à l’enfant, qu’il/elle ne les apprend pas de façon passive, mais de façon active, qu’il/elle les construit tout autant qu’il/elle les apprend. Filles et garçons sont constamment en interaction ([écoles élémentaires de l’étude]) et produisent la différence ou, pour reprendre l’expression de BT, la frontière.Au travers des jeux et des activités de la cour, les enfants travaillent la frontière (borderwork) dans leurs interactions, produisent une différence en partie locale, arbitraire. Tel est le cas de la chasse aux garçons par les filles qui définit les rôles ludiques par rapport au genre, mas aussi des jeux de contamination où, rappel étonnant de vieilles traditions, seules les filles peuvent contaminer les garçons. Enfin, autre jeu, mais qui n’est pas perçu comme tel par les filles, l’invasion et la destruction par les garçons du terrain de jeux des filles, confirmant l’idée que les garçons sont bêtes. Les différences sont réifiées, reconstruites dans la cour pour générer deux camps séparés par une frontière, objet de multiples traversées (crossing border). Traverser cette frontière est dangereux, mais plus facile pour une fille (devenant garçon manqué) que pour un garçon. Du côté des garçons, des traversées peuvent se faire sans risque quand il s’agit d’expérimenter un jeu de fille ou quand un garçon au statut de leader lié à une masculinité sportive sans faille peut se faire autre sans toucher à son image. Plus rarement, le garçon qui participe constamment aux jeux des filles le fait au prix d’une perte de son image masculine.
— Gilles Brougère (d’après Gender play, girls and boys in school de Barrie Thorne, Buckingham Open University Press, 1993), dans Apprendre de la vie quotidienne, Chapitre 5 : "La cour de récréation : lieu de socialisation et de culture enfantines", Puf 2009.
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