…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Tunnel

mise en ligne : jeudi 5 juin 2014

30 mai 2014

Le matin, Pierre Jourde lit un extrait de Pays perdu [1], puis ouvre la discussion avec, sur la table, La dernière pierre [2]. Une émotion dans la voix, je sais, parce qu’il y a le dernier post de son blog qui date d’une semaine, on aimerait prendre une précaution avant de poser une question sur le livre, mais que dire, il vient pour le travail et c’est mieux simplement comme ça ; et puis que dire, c’est absurde. Sur le sujet des pronoms (La première pierre), il répond que ça vient de loin, la violence de celui qui ne peut pas se raconter, et un jour finit par se dire (son père) ; et l’émotion donc, enfin, quelque chose, que je reçois en pleine face, je ne sais plus ce que je comprends de cette histoire de pronoms, si ce n’est que c’est sans appel, nécessaire et plus que ça, bref, alors aussi j’utilise le tu dans Village mais pour d’autres raisons très différentes, beaucoup plus simples en fait. Ce que je retiens aussi, c’est qu’il est dur avec son propre texte, qui n’est pas son préféré, qu’il a écrit parce qu’il fallait l’écrire, et qui "marche" parce que ce serait un "fait divers", sur un écrivain qui plus est. Il doit penser au Maréchal absolu [3] qui ne "marche" pas alors que c’est son livre préféré, celui qu’il a mis le plus de temps à écrire, qui correspond le mieux à sa vision de la fiction, bref un livre qui lui est cher. Tant mieux si ce livre "marche", j’aime beaucoup ces différentes strates, que je ne trouve pas évidentes à comprendre, bien que faciles à lire parce qu’il conte bien, il y a une exigence qui dépasse le "simple" fait divers, et puis ce fait divers n’est pas simple, il touche la création, la fiction, la réception de la fiction, la critique, la réception de la critique… Me fait penser aux récits d’Emmanuel Carrère qui intègrent toujours un regard réflexif sur le récit qui en train de s’écrire et sur le récit qui a été écrit.

Lire au Moulin de la Filature, les dix voix m’accompagnant (Mathilde Roux, Cécile Portier, Anh Mat, Anne Savelli, Leslie Kaplan, Pierre Ménard, Guillaume Vissac, Lucien Suel, Sabine Huynh, Michel Brosseau (par ordre d’apparition) qui se sont toutes et tous enregistré-e-s et m’ont fait l’amitié de me confier leurs quelques minutes de litanie. Le chœur est à entendre ici, et la lecture là, ma voix plus forte que je n’aurais voulu, puis aussitôt enchaîner, improviser à l’écran, du texte, en piochant dans mon carnet des mots pris au vol depuis 24 heures, à Sylvie Dubrec, à Pierre Jourde, au Blanc, et en choisissant de projeter des photos prises ici aussi, par moi, par Anne Savelli, qui pendant ce temps lit des extraits croisés de nos deux romans tout juste terminés, Décor Daguerre et Village [4], et on peut écouter cela aussi, mais sans l’image [5].

En sortant du Moulin, une moto passe, grosse cylindrée – le son – Jean-Marc Montera dit qu’entrer dans un tunnel avec une moto comme ça c’est comme entrer dans le son, enveloppé, confiné dans cet instrument-montagne.

[1] Extrait ici.

[2] Extrait ici.

[3] lu ici.

[4] ultime(?) phase de retravail en cours, page 14 (!) pour l’éditeur, #àsuivre

[5] je pourrais un jour tenter une restitution de mémoire de ce qui fut improvisé et perdu ensuite.

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