…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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il y a (14)

mise en ligne : dimanche 20 juillet 2014

longue séquence quantique
découpée
envoyée par
quatre quatrains
et conclue
de quatre autres

 

 

 

*

 

 

 

Vous savez les découvertes récentes
scientifiques de réputation et d’origine
mais dont l’écho médiatique cache
la portée possible

pour découvrir tout ce que signifie
ce chant
il nous faut allonger connaissances
et préjugés

il nous faut accepter ce que peut nous révéler
la physique quantique
dans les champs variés et délicats
des émotions

il faudrait malheureusement
avant de commencer
passer en revue les bases
du domaine

comme :
les fentes classiques de Young prouvant que la lumière est une onde
(deux fines fentes verticales par où la lumière passe
une plaque de réception affiche non pas l’image de deux fentes
comme le font deux fenêtres sur un mur
mais un motif irisé
comme après le jet d’une poignée de cailloux dans l’eau
apparaissent des vaguelettes s’entrecroisant sur la surface du lac
on a la même image en tête avec les ondes sonores qui se mélangent)
puis :
les mêmes fentes quantiques (c’est à dire autrement plus petites)
prouvant que les particules sont des ondes
— toujours deux fentes, toujours de la lumière
mais un canon miniature envoyant
bille de photon par bille de photon
une à une — et toujours le motif irisé
alors que les photons sont passés bille par bille
parce que
par les deux fentes en même temps passe chaque photon
parce qu’il est à la fois : ici et là, et là ou ici
qu’il s’entrechoque avec la probabilité de lui-même
qu’il ondule à lui seul comme tout un courant d’eau claire
ces photons
tous les uns après les autres dessinent
irisé, le même motif
oui : ils passent un par un
par, ce que l’on constate alors :
les deux fentes à la fois
voir ça, l’expérience l’a prouvé
et que l’on appelle ça "état superposé"
que chaque photon est positionné en "réalité"
dans un nuage de possibilités
et qu’il ne s’agit pas de possibilités qui s’excluent
que le photon serait à un seul de ces endroits
non, c’est que toutes les "possibilités" existent en même temps
(ou que tous les temps existent au même endroit ?)
c’est à dire :
dans la boîte de Schrödinger (cette "expérience de pensée"
c’est à dire qu’on ne peut réaliser qu’en pensée
mais avec des outils théoriques justes
si justes que prouvés par les expériences mentionnées plus haut et d’autres)
le chat est bel et bien et mort et vivant
mais :
que tout s’effondre si l’on veut observer
vérifier, prouver, comprendre
tout s’effondre c’est : le petit chat est mort
si l’on veut savoir ce qui se passe
si l’on veut la preuve par l’observation
que le photon passe bien par les deux fentes à la fois
alors en plaçant un capteur pour établir la vérité définitive
le comportement du photon n’est plus le même
il passe par une seule des deux fentes
et le motif irisé disparaît
la lumière n’est plus onde mais faites de billes
le résultat de l’expérience change
simplement
parce qu’un œil au cœur humain
a voulu savoir

…le vertige métaphysique de ces expériences…
…la matière est onde…
…l’infiniment petit change si on l’observe…
…nous sommes fait de cette matière…
…qui est onde…

prenons un exemple :
une particule élémentaire est localisée
dans un nuage de probabilité
même si une cloison assez fine passe dans ce nuage
la particule peut être à la fois
d’un côté et de l’autre
(les mémoires flashs qu’on trouve dans nos clés USB
utilisent ce principe pour transmettre l’information)

Philippe Forest applique cela à son livre Le chat de Schrödinger [1]
l’écriture d’un livre étant parfaitement quantique
d’abord en cours d’écriture encore dans la tête
tout existe à la fois, ensuite
une fois les mots écrits
voilà le premier effondrement
peut-être
il reste ce qui est dans le livre sans être écrit
toute fiction est boîte de Schrödinger
chaque lecture est une observation
c’est à dire un nouvel effondrement

et nous
qu’avons nous de quantique ?
décisions, souvenirs, gestes
sont autant de nuages de probabilités

les états superposés
d’une décision
les possibles simultanés
gestes en réponse aux questions

le désir superposé
les amours quantiques
les souvenirs effondrés
les uns à la suite par les autres

le vote même est quantique
l’urne est de Schrödinger
il faudrait ne jamais dépouiller
(ou alors : avec des moyens quantiques…)

[1] cf.

Mots-clés

Philippe Forest   paradoxe  
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