…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Gautier, Virginie. Woodman, Francesca. Les yeux fermés, les yeux ouverts.

mise en ligne : mardi 24 juin 2014

Tout semblait bien aller pourtant, avec la fatigue, une clé. Tout semblait s’arranger avec le soir et quelques verres. Suivre quiconque approche en douceur, sort de l’ordinaire. Oublier les prudences, la solitude. Jusqu’à grimper dans la maison,un escalier, un couloir. Des portes refermées. Des façons de confort.

Tu trouveras bien un endroit au-dehors.

*

Les intérieurs se ressemblent tous plus ou moins. Il y a des contours, les détours qu’il faut faire. Les endroits où se poser au milieu de l’entière étrangeté.

*

Qu’y a-t-il à faire d’autre que reprendre sur soi du territoire. Prendre soin du corps. Ce geste qu’elle a de replier ses jambes vers l’arrière, l’une puis l’autre, pour tirer sur l’avant des cuisses.

*

C’est une femme, pas n’importe laquelle, comme un paysage on ne la voit pas tout de suite
ça n’est pas évident qu’il y ait à cet endroit quelqu’un
plutôt que rien, un mur patiné, une chaise
l’ouverture d’une porte
quelque chose est suspendu dans l’air, un tissu
ou posé par terre

*

L’ombre a progressé depuis la route. La vitesse des voitures n’y change rien. Elle perturbe ni le grand balancier du soleil, ni même l’avancée du tracteur au labour dans un sens puis dans l’autre. Une ligne pour l’usure, une autre pour la répétition. Ce qui a lieu ici est englouti par ce qui se répète, dans le grand bruit de fond qu’ils ont pour silence.

*

Ce qui s’efface c’est quoi au juste. Parfois on ne voit plus mon corps, on ne voit plus mon visage. Ma voix, parlant peu, n’a plus d’épaisseur. J’ai mis devant moi des tissus, des écorces. Me suis fondue, confondue, dans certains endroits où j’ai dormi cachée. Même marchant. Mon pas dansé sur un pont, je passe d’un lieu à l’autre, inaperçue. Le passage est ce qui reste. Regarder au-dehors les oiseaux c’est comme écouter une musique qui ne s’arrête pas, qui remplit toujours le paysage. Il y a peu d’endroits déserts, vides absolument. Toujours un cri, un son quelque part. Des craquements de branches. Les souffles des bêtes quand elles approchent.

*

 

 

Virginie Gautier (texte), avec Francesca Woodman (photos), Les yeux fermés, les yeux ouverts. Les éditions du chemin de fer, 2014.

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