…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Réel parking

mise en ligne : mercredi 30 juillet 2014

19 juillet 2014

Un lapsus, entendu entre plusieurs verres de plusieurs vins : "réel" au lieu de "présent" dans une phrase à propos des actualités qu’on lit le jour même et de celles qu’on retrouve un mois, trois mois plus tard. Le lapsus prononcé a pu être : "je ne parle pas des actualités réelles mais de celles d’il y a un mois ou deux."

Beaucoup d’acuité dans ce lapsus : seul le flux des actualités continues serait réel, tout retour, toute lecture ou toute analyse postérieures, seraient fiction, non-réel.

C’est d’ailleurs le règne de l’information en temps réel, avec le "flash spécial", "l’envoyé spécial", la "breaking news", la multiplication des chaînes d’information en continu, particulièrement visibles dans les espaces publics, en boucle, répétant un réel live, étalant toutefois un minimum, parce qu’il faut bien tenir la journée avec la sélection d’informations qui doivent tenir dans ces boucles d’un peu moins de 15 minutes, qui représentent le réel-présent-immédiat ; éditorialisé, sélectionné, hiérarchisé, car il s’agit de politique, je veux dire que la chaîne est un outil politique, un outil de pouvoir qui tient un discours. Un discours répété parce qu’il faut bien que quelque chose rentre, et que répéter, réviser, à force, ça marche. Le mensonge le plus visible de ce temps réel est qu’il n’est en fait jamais en direct, l’envoyé spécial enregistre dans les conditions du direct, le réel est sous condition, comme un contrat d’assurance, et son discours est repassé en boucle, en différé : le seul direct est donc celui du temps où l’on regarde, celui de la diffusion. Ce que ça dit c’est que le réel, la vérité est détenue par la diffusion, par la chaîne, par le discours directement envoyé de la chaîne au spectateur. C’est ça la réalité : non pas le fait filmé, commenté, avéré ou non, mais le discours médiatique lui-même, indépendamment de ce qu’il commente, montre.

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Parking King.

Pour la première fois, j’ai dû payer le parking dans Paris, à un parcmètre. D’habitude j’utilise pour une heure un parking sous-terrain hors de prix, ou je fraude discrètement, quelques minutes mais une mésaventure récente m’a fait découvrir la verbalisation par caméra interposée (j’étais dans le magasin, voiture devant la vitrine, jetais un œil régulier, ni moi ni aucun autre client, dont un également mal garé sur la place livraison du restaurant, n’a vu d’agent verbalisateur…) Or, il faut une carte spéciale qu’on se procure dans un tabac, mais c’était loin, et ne voulais pas payer d’avance pour un forfait que je n’utiliserai peut-être jamais. Bref, j’appelle le numéro de téléphone indiqué, fournis les informations bancaires requises et donne le numéro d’immatriculation de la voiture de location. On me dit que je peux installer l’appli PaybyPhone désormais, je suis dans le système. Effectivement, je vérifie et vois l’interface de paiement, où une liste déroulante me propose de choisir parmi les numéros d’immatriculation déjà saisis la voiture pour laquelle je veux payer… J’ai alors compris… et j’ai regardé tous ces véhicules garés dans Paris et me suis rendu compte que je pouvais virtuellement tous leur offrir le parking. Quelle puissance de générosité à portée d’une simple application mobile…

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Valère Novarina, dans La Quatrième Personne du singulier :

L’acteur imite l’homme ? non, il le jette ! il le trace dans l’air ; il lance des anthropoglyphes : des figures humaines qui surgissent et se défont.

Mots-clés

politique   Valère Novarina   Paris   temps  
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