…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Interprétation

mise en ligne : vendredi 1er août 2014

22-28 juillet 2014

Un article, féministe (mais de qui ? ou alors des tweets de @ValerieCG peut-être) disant que c’est bien gentil aux hommes qui se prétendent féministes, d’analyser les films ou des livres par le féminisme, mais sans action sur la déconstruction de la virilité ce n’est qu’un moyen de se donner bonne conscience pour pas cher, tout en conservant par ailleurs ses prérogatives de dominant.

À relier avec des luttes qui sont à porter par des hommes, lobbys à inverter pour le congé paternité et la contraception masculine, mais ne le sont pas.

Tout cela est rigoureusement, et tristement, exact. [1]

Est-ce l’objet d’un texte que j’ai en cours ? Peut-être, mais je me rends compte qu’un tel texte est nécessairement intime, et est plus long à mettre en place qu’une critique de cinéma.

Je le note ici. Et lis, donc, l’indispensable Corderie, de Christophe Grossi, qui parle de son CPE [2] dans ses paparenthèses paparentales.

*

Je repense à La Reine des Neiges, Elsa, cette grande sœur considérée comme un monstre, obligée de s’exiler dans la montagne, enneigée, gelée, où elle vit dans un palais de glace, et je comprends seulement maintenant la métaphore de la dépression. [3]

Mais alors le "message" du film serait quelque chose comme ceci, façon guide de développement personnel : nous disposons en nous d’un pouvoir qui peut à la fois détruire et créer, une énergie qui varie selon l’amour qui nous est porté, aller vers les autres d’un amour sincère est le remède, sinon c’est la dépression, qui détruit soi et autour de soi. C’est une culpabilisation, et à aucun moment la racine du mal n’est évoquée, on ne parle pas des causes éventuelles, on ne cherche rien, la solution vient, extérieure, cataplasme sans psychanalyse [4]… pourquoi pas, après tout si ça marche tant mieux, mais j’aurais préféré qu’il soit fait mention de la culpabilisation provoquée par les parents, qui lui disent qu’elle risque de blesser Anna (elle sujet, elle blesse). Par exemple, au minimum. Dans Raiponce le jeu de manipulation-culpabilisation-l’air-de-rien de la marâtre est clairement filmé dès le départ, pas d’ambiguité, très bien fait. Ici, j’ai un doute…


Image inédite, me semble, d’une princesse en prison.

*

Quelqu’un sur Twitter ou Facebook partage une vidéo, je ne sais plus, c’était le soir, tard. Lors d’une conférence de presse, Charles De Gaulle répond à une question sur le conflit Israël-Palestine, en 1967, quelques mois après la guerre de territoire des 6 jours.

Deux éléments mènent à sa conclusion : la France a apaisé ses relations avec le monde arabe en se retirant d’Algérie ; et la solution de ce conflit particulier ne peut-être trouvée que par le pouvoir international de l’ONU.

(Digression de ma part : est-ce qu’à l’époque l’ONU était autre chose que ce que j’ai toujours connu ?, à savoir une sorte d’assemblée internationale d’organisation-répartition des guerres qui définit comment se battre, qui a le droit de se battre et pour quels objectifs et quelles raisons valables selon un certain point de vue ?)

Puis il dit ceci :

On ne voit pas comment un accord quelconque pourrait naître tant que l’un des plus grands des quatre ne se sera pas dégagé de la guerre odieuse qu’il mène ailleurs. Sans le drame du Vietnam, le conflit entre Israël et les Arabes ne serait pas devenu ce qu’il est. Et si l’Asie du sud-est voyait renaître la paix, l’Orient l’aurait bientôt retrouvée à la faveur de la détente générale qui suivrait un pareil événement.

Ceci ne peut pas ne pas faire penser à l’enchaînement de conflits qui s’autorisent les uns après les autres à aller plus loin. Syrie, Soudan, Russie, Ukraine, Israël, Palestine, … (j’écris "…") et la dernière action en date, le 18 juillet, voyant que tous les voisins n’en font qu’à leur tête sans que rien ne se passe, en Irak, à Mossoul, les "chrétiens" [5] refusant de se convertir à l’Islam sont obligés par l’État islamique, de quitter la ville. Ce sont partout des mouvements de type fascistes ou quasi-fascistes (on ne peut pas dire pré-fascistes car on ne sait pas jusqu’où cela peut aller) c’est à dire dans lesquels un État se retrouve être associé à un parti qui contrôle tous les pouvoirs (législatifs, exécutifs, économiques), si ce n’est par la terreur, au minimum avec [6].

Les "plus grands" laissent faire, voire soutiennent, bref, encouragent. Il n’y aucune raison que cela s’arrête. Dans d’autres pays, cette année, l’an prochain, des libertés bellicistes, expansionnistes, nationalistes, seront prises par ceux qui possèdent des armes, partout.

Aucune raison pour l’instant tant ces conflits semblent avoir un intérêt pour les uns et les autres, qui, depuis l’ONU ou sans l’ONU, pourraient faire quelque chose, États-Unis, Union Européenne, Russie… À moins que l’intérêt des pouvoirs de demain (Chine, Inde…) soit remis en cause par ces conflits. Mais je doute que cela les concerne avant longtemps. Quoique la Chine, qui peut passer cette année, devant les USA, "première puissance mondiale", d’après ces critères purement économiques et arbitraires dont on nous rebat les oreilles chaque matin parce que lesfrançaisdoiventcomprendre, critères respectés semble-t-il par les joueurs en présence, attend peut-être ce moment pour, enfin n°1, chef du monde, faire ce qui lui [7] plaît sur cette Terre, comme envahir le monde à la façon du pays qu’elle détrône.

Généralement, disons jamais je ne suis favorable à l’intervention d’armées exogènes qui viennent toujours avec un objectif en tête, la libération étant une étape menant à cet objectif, mais à l’autodétermination des peuples, où ma compréhension s’arrête car j’ignore totalement comment un peuple peut s’autodéterminer dans des conditions telles d’oppression, de massacre, de double-jeu, de trahison de ses élites, etc. (j’écris "etc.") comment peut-il s’armer, s’organiser, lutter ? Irais-je, comme ceux des années 30, qui de partout dans le monde venaient s’engager en Espagne contre les franquistes ?

Enfin je me dis que pour que je puisse me retrouver à approuver une phrase de De Gaulle, il faut que les institutions actuelles aient sérieusement déconné et ça, c’est un signe qui ne devrait pas tromper.

*

En haut, photo d’un ancien téléphone brisé. Ci-dessous, le même. On voit l’objectif abîmé, ce qui donnait le filtre Instagram naturel, et unique, il faut le dire, à certaines de mes photos.

[1] Certaines disent d’ailleurs qu’un homme-féministe, ça n’existe pas. "Allié du féminisme", oui, à lire chez Les déchaînées.

[2] congé parental d’éducation.

[3] Elsa est enfermée dans sa chambre pour ne pas que son pouvoir fasse du tort, soit découvert, elle ne voit plus personne, ne joue plus avec Anna, sa petite sœur. C’est une maladie, elle est en quarantaine.

La dépression est décrite comme pouvant faire du tort aux autres, blesser Anna, ravager le royaume (sa famille) d’une tempête de neige. Ses parents meurent en bateau dans une tempête, sans neige, mais l’analogie est évidente et il y a aussitôt là quelque chose d’une possible culpabilité, d’un "c’est de ma faute" terrible.

Elsa est adolescente, sa dépression peut la conduire à s’ouvrir les veines, elle porte des gants montants qui l’empêche de déchaîner ce pouvoir cryokinétique qu’elle ne maîtrise, pas, qui la protège contre elle-même, cache ses poignets où habituellement les TS laissent des traces. Plus tard en prison elle sera attachée au mur par des chaînes à des sortes de moufles de métal qui recouvrent les mains et les poignets (cet objet a peut-être un nom ? Voire une histoire dans les HP du XIXe, du début XXe ?).

Finalement l’amour des siens, ceux d’Arendelle, qui la comprennent enfin, voilà ce qui la sort de la dépression, elle quitte sa montagne.

C’est la montagne et le palais de glace, avant tout, pas la neige (qui peut avoir plus de significations ailleurs dans le film) qui représentent la dépression. Le palais de glace qu’elle se construit pourrait même représenter un HP pourquoi pas. Le monstre de neige qu’elle crée pour faire partir sa sœur et Kristoff, me fait penser à la représentation de la colère dans les livres pour enfant comme celui de Catherine Dolto, ou dans Grosse colère : un gorille rouge. Ici une sorte de gros gorille blanc. Cela rappelle les visions psychotiques que peuvent induire certaines dépressions, et ce gorille chasse tout le monde, l’isole. "Isolation", cam-isole, chambre toute blanche.

Elle en sort grâce à "un geste d’amour sincère" qui, s’il doit sauver Anna dans le scénario, la petite sœur au cœur gelé (blessé par la dépression, mal qui affecterait ici l’entourage), fonctionne aussi pour Elsa, la grande sœur, qui reprend la main, sur ses désirs, cela passe par un contrôle sur son pouvoir qui lui permet de sortir de sa retraite, de se mêler aux autres, qui ne la voient plus comme un monstre, et son pouvoir ne blesse plus, elle l’utilise et en tire de la joie. (Et reconstruction finale de la famille américaine, of course).

[4] Cela dit le père sait de quoi il s’agit, il sait dans quel livre chercher, sait où trouver les trolls, si le mal est de naissance, cela vient certainement de sa famille à lui.

[5] http://rue89.nouvelobs.com/2014/07/...

[6] Bien sûr on me parlera, dans certains cas, de la liberté de la presse, de celle de manifester, pour dire que ça n’a rien à voir et qu’il ne faut pas utiliser le terme "fasciste" à tort et à travers, peut-être, mais je n’ai pas de meilleur terme, que fasciste-autorisant-la-liberté-d’expression, quand l’extrême-droite est au pouvoir dans une démocratie parlementaire, ça se passe comme ça il me semble, ils font ce qu’ils peuvent avec les moyens du bord. Le pouvoir exercé s’assimile principalement à ça, et on manifeste contre l’extrême-droite on écrit contre elle, on publie contre elle, et elle sera pourtant réélue, si ce n’est à la prochaine élection, ce sera à la suivante, par quel miracle, je l’ignore, et si elle n’est au pouvoir les soi-disant démocrates qui prennent sa place appliquent une partie de son programme croyant satisfaire et récupérer ses électeurs.

[7] "Elle", "La Chine"… quoi ? Pas le peuple, cela va de soi. Le gouvernement ? Les entreprises chinoises ? Que représente "une nation" ? Qui la dirige, qui possède les richesses. À qui profite le crime.

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