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Mort du soleil et autres périples

mise en ligne : mardi 5 août 2014

1er août 2014

Maestro, de Léa Fazer. Je ne sais pas où ça patine, où ça insiste, mais passons, globalement, c’est suffisamment touchant, attendrissant, sur la transmission, même si ça met le temps, des moments enchanteurs et disons que ça flotte suffisamment, entre quelques clichés, et que m’a convenue cette fin, bien qu’elle s’attarde trop sur des plans de Venise parce qu’on est à Venise, enfin : quelle poésie, avec la musique, inattendue, ici, de Laura Veirs, un titre de 2001, Rapture.

Ça, c’est le sentiment à la fin du film. Que je suis allé voir sans rien savoir. Il se trouve qu’il s’agit d’une fiction inspirée d’un tournage et que, quelques années plus tard, le jeune acteur s’est tué dans un accident de la route, seul, sur l’autoroute, vraisemblablement en roulant trop vite. Éric Rohmer, le réalisateur, quant à lui, est mort trois mois après.

Ce que dit la chanson, finalement, n’est pas dans le film, et nous dit que le film vient d’échouer à capturer le ravissement, à écouter le tremblement de la feuille d’un arbre, à parler de ce qui nous ravi, dans les deux sens du terme. Et où la chanson parle de suicides, le film s’arrête à la fin du tournage, alors qu’il aurait peut-être été plus intéressant d’aller, profondément, dans le sombre tunnel de l’A13 où le jeune acteur s’est tué. Parce qu’en fait, oui, l’histoire d’amour, les histoires de séduction, n’apportent strictement rien, ne sont rien dans le film. Pendant que je le regardais, c’était bien sûr tout le film, le suspens même : va-t-il coucher avec elle ? C’est à dire : va-t-il passer d’ignorant-beauf à lettré, et elle de snob-élististe à ouverte ? ; leurs chemins vont-ils se croiser ? [1] Mais ensuite… ?

Donc tout cela, sur le ravissement, est dans les trois minutes de la chanson, dernier plan et générique de fin ; car pourquoi avoir mis cette chanson, si ce n’est parce que ce qui conduisit au possible suicide routier est ce qui se passa pendant le tournage ? Je pose ici une fiction, on aura compris. [2]

*

Il faut lire/suivre Nicolas Rithi Dion, qui evernote, periplum, le périph depuis quelques années déjà :

Flux périphéen

Rejoignant le flux, en fin comme en début de journée, un petit quart d’heure dans le continuum quand tout va bien, trois quatre fois plus de continuum quand rien ne va plus, entre Auber (pour Aubervilliers, voire le grand livre éponyme de Léon Bonneff qui a si bien fouillé la ville jusque dans ses abattoirs et boyauderies) et La Villette, j’intercepte le dernier mur encore debout d’un entrepôt ferroviaire passé au cribleur en quelques jours (et tours de périph), son envers correspondant (j’ai vérifié dans l’angle mort) à la façade de béton qu’on voit depuis la ligne transilienne E remontant à gare du Nord (plus loin qu’en est-il (je ne prends plus le train E) des entrepôts McDonald que j’ai vus se démanteler trajet après trajet pour ces quartiers multimodaux qu’on livre ces jours-ci ?). Entre Le Pré et Les Lilas où je sors, un périphéen est en train de tondre le talus en contrebas de l’hôpital Robert Debré, non j’ai mal vu, il pousse un diable où s’empilent caisses et bidons.

Ce soir, tard, je découvre qu’une œuvre d’art est sur la Lune.

Je me renseigne, et de lien en lien, découvre qu’un peu plus de 179 tonnes de matériel se trouve là-haut, sans compter la balle de golf.

On découvre dans cette liste que le premier objet humain a être entré en contact avec la Lune était Russe, en 1959, je découvre cela aussi. Et que le dernier objet posé, l’an dernier, est un véhicule motorisé Chinois.

Et il y a aussi un réflecteur qui prouve, outre que l’homme a été sur la Lune pour le poser, l’éloignement de celle-ci, à raison de 3,8 cm par an. Je crois que même dans un milliard d’années la différence ne se fera pas trop ressentir, au niveau des marées. Peut-être un peu, mais le soleil sera un autre problème.

Cela aussi :

Parfois je vrute [3] et découvre plein de choses. C’est comme lire, presque.

*

C’est au moment où la femme est pratiquement le plus émancipée qu’on proclame l’infériorité de son sexe, ce qui est un remarquable exemple du processus de justification mâle dont j’ai parlé : comme on ne limite plus ses droits en tant que fille, épouse sœur, c’est en tant que sexe qu’on lui refuse l’égalité avec l’homme ; on prétexte pour la brimer “l’imbécilité, la fragilité du sexe”. — Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, I.

*

Photo de la vue d’ensemble de Cosmos, de Delphine Coindet, 2011 : © Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
Structure en bois avec rames et boules de bowling — 350 × 350 × 250 cm
Photo du périph : Nicolas Rithi Dion
Photo de Cosmos, détail : JS.

[1] Je mets ce texte en ligne après qu’Arte ait rediffusé Le goût des autres, qui sur le sujet est autrement plus riche…

[2] Laura Veirs :
The fate of Kurt Cobain
Junk coursing through his veins
And young Virginia Woolf
Death came and hung her coat

Love of color, sound and words
Is it a blessing or a curse ?
Enraptured

(Je tente une traduction qui joue sur ravi/ravir comme l’anglais sur raptured/captured)

Le destin de Kurt Cobain
Un déchet coulant dans ses veines
Et la jeune Virginia Woolf
La mort pendue à son manteau

Aimer le beau, les sons, les mots
est-ce être béni ou maudit ?
c’est être ravi.

[3] Le Baleinié : "vruter : ne pas pouvoir s’arrêter de manger des cacahuètes salées. Par extension : regarder la télé quand même." Qui s’étend à zapper-cliquer sur le web.

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