…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Rêve d’être un magasin

mise en ligne : dimanche 23 novembre 2014

Ce magasin, un rêve. Un rêve d’être le magasin.

C’est le magasin bio. Tout y est bio, bien cher et bien rangé, avec des étiquettes qui sont autant de plaisirs de lecture parce que c’est la Nature qui s’est invitée dans la ville, pour nous soigner.

Les listes d’ingrédients, rien qu’à les lire, sont des remèdes. On les apprends par cœur, on les récite le soir avant de s’endormir, le ventre contenté.

Ce rêve d’être ces étiquettes, d’être ces sacs en papier recyclé recyclable pour acheter au poids les céréales. Même la balance du rayon fruits et légumes et céréales et riz et pâtes paraît naturelle, sans pesticides ni métaux lourds.

Être ces tagliatelles violettes, cette huile de noix de coco, cette plaque de miel brut encore alvéolé. "Le miel était souvent consommé de cette façon". Être ce paradis perdu. Être l’abeille. Le topinambour.

Être consommé, mais bio.

Avoir la carte de fidélité du magasin bio climatisé. Les achats y sont inscrits dans l’espace de données bio des quelques magasins bio de la région. Acheter encore, un gâteau à l’épeautre, sans savoir ce qu’est l’épeautre, mais qu’importe, c’est une céréale magique venue du temps de nos ancêtres les Gaulois, une céréale décroissante, fibreuse, colorée, meilleure, pour une vie et un corps meilleurs ; une âme meilleure.

Et les employés ne sont pas des employés, avec leurs longs pulls à capuche et leurs tatouages, leurs barbes mal taillées et leurs piercings, cheveux pas attachés, bracelets brésiliens ; ils ne sont pas des employés mais des militants. D’ailleurs, on ne serait pas choqués qu’ils ne soient pas payés, au contraire, voilà qui serait tout à fait normal, et nous leur donnerions d’autant plus d’argent, à la caisse.

Mots-clés

ville   économie  
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