…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Sécession

mise en ligne : mardi 27 janvier 2015

23 janvier 2014
Maison de la Poésie.

L’idée d’Eutopia, ce pays dont la langue est la traduction. Le décèlement d’une société multilingue. Ce pays qui existe, a toujours existé, et qu’il faut mettre à jour, le débarrassant des drapeaux et des flammes qui le recouvrent.

La manière érudite et drôle, cette façon d’être tout à fait sérieux, et de le savoir, mais sans non plus le prétendre, s’y croire avec recul, c’est à dire sans fausse modestie, sans ego devant, simplement savoir où l’on est, savoir ce qu’on dit de ce point d’où l’on travaille, sans prétendre être partout, voilà comment Mathias Énard et Camille de Toledo parlaient ce soir.

Trop de fictions sont en train de détruire le monde et ses habitants, des gens croient, au marché, au jihad, à l’islamisation, à ceci et à cela tant et si bien qu’ils sont prêts à tuer pour ça. Alors la politique de demain serait de quitter ce réel trop effondré de ses fictions délétères, pour entrer de plain pied dans la fiction seule, par la langue, par les langues, par la traduction. Passer de l’autre côté de l’apocalypse dans le monde réel seul possible demain : celui des langues.

C’est le projet Sécession ; en tout cas ce que j’en ai compris et que j’essaye de traduire, ici.

*

Certains matins au lever je ne me comprends pas, le monde autour est pourtant net, parfaitement au point dans sa logique propre où je n’ai pas de place, je ne parle pas la langue de ce monde là, déja je n’en fais pas partie mais il n’y a que ça comme endroit autour, toutes les directions sont monopolisées par ce monde étranger parce qu’il n’est pas moi et je ne peux pas lui en vouloir, alors je me dois, en premier lieu, de me traduire moi-même, afin de présenter à ce monde-là une image de moi qu’il puisse comprendre, et une fois que je me sens lu, les signes du monde que je ne comprenais pas commencent à m’apparaître, je les reconnais petit à petit, comme si, en échange, le monde s’était traduit, me rendant la politesse que je lui avais faite.

Penser aussi au poisson traducteur, le Babel Fish du Guide Galactique, qu’il faut se glisser dans l’oreille et dont l’existence prouve l’inexistence de Dieu [1].

*

Je commence à lire Oublier, trahir, puis disparaître, de Camille de Toledo.

Dans le reflet, je nous vois, Elias, tous les deux embarqués. La neige des plaines et la lumière du soir effacent nos visages. Nous sommes là, puis nous n’y sommes plus.

Tu voudrais suivre ton reflet.
Tu dis : Mïln loniètz, nous disparaissons.
Mais à cet instant, une masse obscure, dehors, rappelle nos visages.
C’est une forêt qui passe
entre deux plaines, entre deux champs.
Je dois avoir, à ce moment, le regard idiot de l’espoir ou du regret, mais nos visages se perdent.
Nous disparaissons.

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