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Bar-neige

mise en ligne : mardi 10 février 2015

7 février 2015

Dans la version Disney, Blanche Neige serait-elle acceptée par les Nains si elle ne faisait pas le ménage, la lessive, la vaisselle, la cuisine ? 
Les Nains pourraient-ils prétendre séduire Blanche-Neige ? Non, ni réciproquement : elle est une maman [1], et puis un nain comme prince charmant, non, ça ne fait partie du monde possible ici.
Voilà, ceci pensé en passant après trois visions.

*

Hier ou avant-hier, dans ce petit café sans musak, une conversation de bistrot critiquant les agents de verbalisation, les ASVP piétons, qui évoluent dans les rues "par quatre, tu te rends compte", et j’entends ça parce que je suis assis en salle, il n’y a pas beaucoup de monde, et souvent tout un tas de choses viennent du bar et me laissent indifférent, il y a pourtant de la haine, du mépris, un rejet global de l’Autre, un conservatisme si ce n’est une réaction, culturelle, sexisme et homophobie ordinaires, libéralisme barbare, je parle de tous les bars à la fois, paroles qui ne peuvent laisser de marbre, alors là j’entends une plainte typique de celui qui se considère contribuable avant tout alors je laisse dire de toute façon je laisse toujours dire, disons que je laisse dire et me laisse entendre ça, sans y penser, voilà c’est ça : je n’en tire aucune pensée particulière, sur le moment car le lendemain ou le surlendemain, j’en croise quatre de ces ASVP qui verbalisent une Clio garée complètement sur le trottoir, et les mots du bar me reviennent en tête, et aussi le fait qu’il me semble bien avoir eu l’habitude de les voir par deux, et non par quatre, mais quand ça ?, je me dis "avant", mais "avant" quoi ? Et c’est soudain, mais si tard, évident qu’ils sont quatre depuis janvier, quand Vigipirate est passé au max après les assassinats, ils sont quatre peut-être pour sauver leur peau si, si quoi ?, aucune chance, à mon avis, que ça les aide en quoi que ce soit, au lieu d’être deux à être blessés ou tués, ils seront quatre, je n’en sais rien en fait mais j’ai alors repensé, en voyant la Clio mal garée et deux ASVP la verbalisant et deux autres les regardant depuis l’autre trottoir, à la bêtise instantannée du bar, me disant ce que je n’aime pas me dire mais que mon cerveau formule quand même, je n’y peux rien et n’approuve pas, mais ça passe alors, cette question que je me pose : que ces gens-là qui pensent immédiatement et à voix haute en hochant la tête pour s’en persuader, autant de merde, ont le droit de vote ? Bien sûr qu’il est heureux que chacun puisse voter, je pensais ça par désespoir instantanné, boutade que j’aurais pu leur sortir, tiens, au bar, justement. Parce que c’est peut-être le vrai drame, de pouvoir laisser passer autant de choses, que j’appelais bêtise, haine, rejet. Et si j’étais intervenu dans la conversation, au bar ? Mais non, car à ce moment-là je n’avais pas beaucoup mieux dans la tête, moi non plus, et puis je crois que le problème n’est pas le droit de vote mais les idiots qui se présentent pour recevoir les bulletins, encore un truc qui passe comme ça, comme lettre à la poste, comme bulletin dans l’urne, quoique depuis les réformes de privatisations partielles et restructuration la lettre passe moins bien, et dans le même mouvement, puisque c’est le même, le bulletin aussi passe moins bien, d’ailleurs ça les inquiète, les idiots, mais pas suffisamment pour qu’ils changent quoi que ce soit à ce qu’ils sont, c’est évidemment à nous de les remplacer, de les virer, de détruire au passage ce qui les met au pouvoir, c’est à dire l’État tel qu’on le connaît, pour reprendre ça intelligemment, mais voilà, au bar, ça passe, ça laisse dire, bref là je tourne en rond, mieux vaut reprendre un café.

[1] Elle est de surcroît maman de manière innée, ce n’est pas sa marâtre qui aura pu lui transmettre quoi que ce soit. Dans une autre version, une gouvernante du château a auprès de Blanche-Neige un rôle maternel.

Mots-clés

Paris-Banlieues   Walt Disney   cinéma   politique  
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