…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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nuit, 9

mise en ligne : mercredi 25 février 2015

 ? février 2015
nuit

Et après tout, la nuit, ce n’est que ça, au fond, cette vision banale mais nécessaire, que l’on peut imaginer avoir au milieu de steppes plates tout autour, sans ville à moins de cinq cent kilomètres, sur un désert craquelé sans végétation, où le vent violent pousse jour après jour des pierres de plusieurs centaines de kilos, avec un ciel sans lune et clair, clair à distinguer chacune des deux cent milliards d’étoiles qui composent la Voie Lactée, et la densité que dessinent ses astres, voilà qui nous donne l’impression que les étoiles sont proches les unes des autres, cela nous rassure, alors qu’il n’y a pas plus grand vide que celui qui sépare deux étoiles — ne pas oser ici évoquer le vide entre deux galaxies — comment se représenter cela ? Que ressentir d’humain qui pourrait correspondre à ça ? Rien, bien sûr, rien, et c’est bien tout le problème, tout le néant où l’écriture tombe parfois, sur un objet abstrait comme cela qui ne signifie rien, ou alors qui signifie quelque chose pour nous seul et que nous sommes incapable de traduire même intérieurement.

C’est un homme qui construit quelque chose, il est penché sur son ouvrage, c’est un système, un édifice mesuré, nul ne pourrait l’en distraire, il est concentré, méticuleux, mais le fait même de le construire le démolit, c’est le même geste, il ancre fermement une solive et c’est tout le plancher qui s’effondre, il essaye de rattraper quelques lattes et la solive cède, le voilà à genoux, il continue malgré tout, colmate une lézarde et derrière lui dix nouvelles menacent aussitôt, alors il lâche ses outils, se prend à ce jeu plutôt que de lutter contre lui et s’écroule au sol, son poids emportant avec lui la construction entière qui s’effrite en pensées confuses et la terre sous les fondations brisées s’ouvre et c’est un ravin qui engloutit tout, il s’y laisse tomber, une brèche s’est ouverte et le torrent de ce contre quoi il se protégeait dans sa fragile construction s’y engouffre à sa suite, menaçant de le submerger quand la chute s’arrêtera mais rien ne s’arrête et c’est un puits qui traverse la Terre où tout tombe, ses peurs et lui, il y fait toujours nuit et au centre de la Terre il n’y a ni jour ni nuit mais un point fixe qui est les deux à la fois, il le traverse, et puis passé le centre de l’attraction il tombe encore, c’est impossible mais c’est ce qu’il se passe et alors j’imagine que ça va continuer et que de l’autre côté, là où l’on pense avoir la tête en bas, il jaillira, avec sa procession pulvérisée, hors d’un volcan, éblouissant de son combat les yeux de ceux qui se seraient réveillés en sursaut à cette heure où, s’ils s’étaient forcés à veiller, le sommeil l’aurait quand même emporté.

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Mots-clés

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