…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Mon masque

mise en ligne : dimanche 24 janvier 2010

Derrière mon masque se cache mon insolence, mon masque efface mes pleurs, masque ma colère, fige ma face sous les regards, masque le feu en moi par deux yeux de gel, mon masque dissimule mon sourire par un cœur oublié, il masque mon rire, me tait, je parle moins fort, sans accent, neutre, il masque cet axe qui entraînait ma vie, je ne dis pas n’importe quoi, c’est vrai, je ne me plains pas, je fais avec ce que j’ai, je le sais, mon masque cache le fond du problème et la verticale chevelure de mon espérance, ces cheveux : je les coupe – mon cou se resserre : car par mon col l’oxygène s’épuise, je sais que mon sang ne doit pas transporter l’air, ne doit pas transporter la forêt printanière, ne doit transporter ni ce qui hante ni ce qui déplace, ni ce qui dérange ni ce qui étreint, et puis je ne transporte pas mon ventre convulsé sur le rire de mes proches, je ne transporte pas la beauté du signe que ma paume offre à celui qui manque, je ne transporte pas dans la coupe de mes mains l’eau tremblante du ciel renversé, ne transporte pas le trop plein de solitude dans le regard baissé, jamais je ne hisse mon œil plus loin que ne me le permet ma laisse, et je ne masque pas mon masque : je le laisse masquer ce qui me révulse, le laisse recouvrir le monde de sa glace car je deviens moi-même le masque du monde, le masque qui tait l’écho des cœurs qui cognent contre la croûte du monde, je deviens le masque qui comble le creux des volcans où l’incendie gronde, je deviens le masque qui d’un geste rageur arrache la canopée qui dans les nues s’effile, ce masque de l’océan qui sèche ses courants et fige ses remous, oui, ce masque envahit la surface de mon corps et prends possession de ses fonctions, et puis je crois que je dois le dire, oui, je suis aussi tout ce que j’entends, je dis tout ce qui circule, j’en fais le masque sonore qui me précède en tout lieu du commun, et je descends même plus bas encore chercher de quoi me croire élevé mais c’est bien moi qui tombe et enfin, comme peu à peu il pousse ses racines sous ma peau, je deviens le masque qui déprogramme le souvenir et obscurcit la mémoire ; Histoire frise plate ; immédiat relief qui remplace la montagne poussée la veille, c’est ce masque, haut-parleur répétant une annonce contraire à celle de la veille mais portant le même message, c’est ce masque, l’écran des séquences d’images de demain qui masqueront aujourd’hui, c’est derrière ce masque tendu à tous que je me perds, conformé au rigide standard, et comme toi je me lisse, comme toi sans doute je m’assèche, je me perds comme tu te perds peut-être, à moins que nous ne voulions être libre : et toi, que cache ton masque ?

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Texte proposé pour la revue Dissonances #17

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