…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Hôtel identité

mise en ligne : jeudi 23 avril 2015

15 avril 2015

Matin, l’hôtel et son bar, dans un petit bâtiment usé voué à la démolition (un panneau montre une peinture numérique du futur pignon) — intérieur années 60, quatre ou cinq poussettes sont garées dans la cour. Le patron et un ouvrier, blancs. Deux clientes de l’hôtel, noires. Au bar, ils discutent mode de vie, tel qu’ils le déduisent de l’état des chambres après le départ des locataires, quand les murs sont refaits de ces chambres à durée indéterminée. Les Nigérians comme ci, les Guinéens autrement. Ils déduisent une logique par pays africain. Le barman français renvoie systématiquement ses interlocutrices à leur nationalité, lui se plaçant toujours comme français. Les autres jouent le jeu, en baissant la tête parfois, ne répondant pas toujours, en riant à chaque fois. Peut-être se disent-elles qu’il a raison, après tout c’est vrai, elles font bien cuire du riz et des pâtes sans ouvrir les fenêtres, provoquant le gondolement des papiers peints, et si cela les dépasse donc, qu’elles ne peuvent s’empêcher de faire ça, c’est parce qu’elles sont guinéennes, voilà toute l’explication. Et d’ailleurs elles sont bien d’accord avec lui à propos des nigérians. Elles partent, et les deux hommes restent, et le barman est blanc, et l’unité qu’il formait face aux Noires avec l’autre se défait, l’ouvrier devient arabe, et d’ailleurs le barman lui fait remarquer, qu’il est arabe, lui, et s’ensuit, sur cette différence, un comparatif avec d’autres nationalités d’ouvriers : polonais, turcs, italiens… L’ouvrier pourrait partir que le barman et moi seuls resterions, à déterminer des différences régionales d’après nos origines. Lui restant seul après mon départ, à attendre d’autres clients, j’imagine qu’il se séparerait en plusieurs entités étiquettées. Dans cette discussion, j’avais l’impression qu’ils n’avaient que ça de sûr, leur nationalité, les uns comme les autres. Comme une assurance quand tout le reste aura disparu, travail, argent, titre de séjour, hôtel, ils auront encore leur nationalité.

Je repense à Rosie Carpe de Marie N’Diaye, dans lequel la nationalité, la couleur de peau, l’identité des personnages est flottante et, en fait, dans ce livre, ils n’ont plus que leur nom, qui devient un mantra, car si le nom n’est pas prononcé, comment être sûr d’être qui l’on est ? Nom qui tient, et c’est notable dans ce livre, pour les Blancs d’un nom de Nègre, et pour les Noirs d’un nom de Blanc. Noms de Nègres tels que les colons en donnaient aux esclaves tout juste débarqués en Martinique et Guadeloupe, d’après un trait de leur physique, ou l’humeur du fonctionnaire, sobriquet devenant état civil ; le nom à la fois définitif et transitoire.
On pourrait encore retirer le nom, et il resterait quoi ?

Mots-clés

Marie Ndiaye   identité  
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