…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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nuit, 38

mise en ligne : vendredi 22 mai 2015

Quelqu’un souffle ou gémit, dans un appartement voisin juste au-dessus, qu’il faudrait une vie pour atteindre, de rencontrer les deux, trois, cinq personnes qui, après des années d’amitié et de rencontres nous mèneraient par le hasard à ce voisin qui, en l’état de notre ignorance de sa vie — nous ne lui avons même jamais serré la main, entre voisin on se lance bonjour à peine — gémit et va peut-être mourir de l’autre côté du plafond, sa bouche sèche collée contre le sol comme s’il essayait de nous dire quelque chose à travers le béton. Peut-être souffle-t-il seulement, soupire le ras-le-bol en boucle, peut-être dort-il, rêve-t-il, à une vie meilleure comme en sont remplis les rêves éveillés. On appelle ça le râle, une agonie comble le volume d’un appartement à quelques milliers d’euros le mètre carré, ce n’est pas un son que l’on reconnaît, à moins d’être dans l’appartement à ses côtés et de tâter son pouls ralentissant… enfin, le hasard des rencontres et des ans a fait que cela n’est pas, et d’ailleurs l’ascenseur est programmé pour éviter les rencontres — quelqu’un d’un étage supérieur va descendre en priorité au rez-de-chaussée ou au parking sans s’arrêter à notre étage malgré notre pression sur le bouton d’appel, l’ascenseur passe devant nous sans que s’ouvre la porte et nous revient vide — les jours de panne, dans l’escalier, tout ce monde que nous croisons, cela prouve leur existence — le lendemain ils disparaissent tous dans l’algorithme de discrétion de l’ascensoriste — la vie nous a éloigné, sa mort sera inaperçue, toujours douteuse car il a pu simplement déménagé un jour que nous n’étions pas là et le panonceau de l’agence à sa fenêtre ne nous éclairera pas beaucoup — seul dans l’immeuble peut-être, nous sommes peut-être seul dans l’immeuble, il ne nous reste plus qu’à nous allonger sur le parquet, coller notre bouche au sol et gémir, pour que quelqu’un nous entende.

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Mots-clés

mort   nuit  
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