…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Pineau, Gisèle. Folie, aller simple : Journée ordinaire d’une infirmière.

mise en ligne : mardi 2 juin 2015

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Tels les coquillages jonchant les plages de la Guadeloupe, les personnes qui se trouvent à l’hôpital psychiatrique arrivent d’un long voyage. Ce sont bien sûr les malades. Les grands fous atteints de grands maux. Ils sont tous ébréchés d’une manière ou d’une autre. Cassés sans fracture apparente. Brisés de l’intérieur. Morcelés. Dépecés. Éreintés. Amochés. Broyés. Esquintés. Écrasés. Abîmés. Dépenaillés… La plupart de ces blessés n’ont pourtant pas de plaies visibles à l’œil nu. Ça ne suppure pas. Ça ne suinte pas. Ça n’empeste pas la mort des charisme dans les services de grands brûlés. Certes, parfois ça pue l’urine et les excréments, la crasse ancienne et la sueur âcre de l’incurie. D’autres fois ça embaume le parfum, à en vomir. Les blessures sont tapies à l’intérieur. Il y a des déchirures, des nécroses, des entailles si profondes qu’on pourrait croire à des canyons. Il y a des fractures irréductibles, des lésions sans nom qui ulcèrent et démangent… Il y a les douleurs insondables que rien n peut contraindre au silence et qui se réveillent à toute heure.

 

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« Comment ! Pourquoi n’y a-t-il pas de chambre ? C’est inadmissible ! Vous vous foutez de la gueule du monde ! Alors, il ne peut même pas s’allonger quelque part dans la journée ? » Nous, infirmiers, sommes en première ligne, les médecins sont loin derrière et les directeurs inaccessibles. Nous devons expliquer [aux familles] le manque de lits, solliciter l’indulgence de chacun, assurer que cette situation n’est que transitoire, rassurer sur la qualité des soins dispensés en dépit de ce petit désagrément.
[…]
Trente patients pour deux infirmières…
Nous, soignants, nous ne cessons de dire que nous travaillons en sous-effectif et que nous manquons de moyens. Il faudrait des lits supplémentaires dans les hôpitaux psychiatriques, davantage de structures alternatives, des hôpitaux de jour, des appartements thérapeutiques en ville, des lieux d’insertion sociale, davantage de centre d’accueil, d’écoute et de soins…

 

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Aujourd’hui, derrière les murs des prisons croupissent de nombreux malades psychotiques mal soignés, délirants, persécutés, terrorisés, dépressifs, mélancoliques, paranoïaques, suicidaires…
Je pense à eux.
On dit que la moitié des personnes incarcérées relèvent de la psychiatrie. L’enfermement comme au temps de Monsieur Jean-Baptiste Pussin… L’enfermement carcéral pour toute réponse à la maladie.

 

Gisèle Pineau. Folie, aller simple : Journée ordinaire d’une infirmière. Philippe Rey. 2010.

Mots-clés

identité   Gisèle Pineau  
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