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Cartes de Mathilde Roux

mise en ligne : jeudi 23 juillet 2015

21 juillet 2015

Des phrases, prélevées dans des livres dont nous ne saurons jamais rien, comme des regards croisés par hasard, par erreur, dans la rue, sont ici superposés à des cartes. Poésies urbaines relocalisées sur un autre fragment, que quelques toponymes permettent d’identifier, ou de croire : chercher un nom connu, ou ressemblant, se souvenir de la couleur des nationales sur les cartes d’enfance. Le papier calque brouille la vue, mais pas la mémoire, ces altitudes, ces directions, ces distances : nous les avons parcourues, c’est sûr, pourtant, oui… c’est sûr, mais quand ? Où ? Avec qui étions-nous alors ? Quel était notre chemin ? Que tissions-nous sur ce sentier de mémoire ? Zone nuageuse ou impression en cours comme ces mots coupés, la fenêtre on voudrait la glisser pour recadrer les phrases, mais la signalisation est catégoriquement sur le fil. Indécision, hésitation, trajet abandonné en cours ; le contraire d’une carte. Car tout espace est une page à réécrire chaque jour.

Les mots découpés relèvent de l’intime, et la carte de l’espace public. Comment placer une parole personnelle, unique et libre, dans un lieu commun, brouhaha de foule et d’injonctions ? C’est un exercice de liberté et de subversion auquel se livre Mathilde Roux en recouvrant ces cartes, le dernier calque tout au-dessus étant bien sûr libre au — lecteur, visiteur, d’ailleurs comment nommer le public qui lit et regarde ces routes ? — libre d’associer les fragments entre eux, et avec les autres cartes, de compléter les phrases coupées et celles manquantes. Il y a donc des lecteurs, des relecteurs, des voyageurs, qui redécoupent et recollent, nous travaillons et devenons tous les nomades d’une course sous la peau.

Espaces abandonnés des cartes, routes jamais empruntées, des vides et des blancs comme des surfaces de peaux ressouvenues, numéros de bornes kilométriques comme les numéros des pages du livre qui est notre vie, dont les chapitres s’achèvent les uns après les autres, souvent sans nous prévenir. L’année dernière encore, tu venais avec moi sur la frontière d’une région ou d’un département, dans le silence d’une autoroute déserte à cinq heures du matin. Des mots devenus poèmes, des cartes devenues romans, la conquête — sans nous en rendre compte [1].

 

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Cartes présentées :
Route #1, Route #16, Route #18 ; extraites des "collages" de Mathilde Roux sur son site.

Mots-clés

lecture   art   Mathilde Roux  
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