…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Tant qu’il y aura #2

mise en ligne : vendredi 29 janvier 2010

Tant qu’il y aura la galerie marchande où l’on peut passer sans se perdre et parfois si quand même autour des différents îlots de magasins, tant qu’il y aura un Pluto pour manège à côté d’un Dumbo et la fente s’il te plaît je peux mettre la pièce, tant qu’il y aura la musique d’ambiance calibrée et les annonces régulières, tant qu’il y aura l’opticien, le tabac-presse, tant qu’il y aura les aquariums et les cages à oiseaux, tant qu’il y aura la boutique de bijoux fantaisies, tant qu’il y aura la chocolaterie à côté de la boutique de sous-vêtements pas loin du fleuriste, tant qu’il y aura les démarques et les soldes, tant qu’il y aura les mannequins plastiques et lisses en vitrines et les cabines d’essayages, tant qu’il y aura la cabine téléphonique, tant qu’il y aura la cafétéria et ses plateaux à l’entrée avec le buffet de légumes, tant qu’il y aura l’odeur de fer et de gras de la cafétéria et celle du pain près de la boulangerie, tant qu’il y aura le courant d’air froid à l’approche du grand tourniquet de verre, tant qu’il y aura le vibrato mécanique hasardeux soudain du chariot sur le bitume, tant qu’il y aura le parking vaste, accueillant, délimité délimitant, avec sa voiture là quelque part, en G ou H, tant qu’il y aura le coffre vide à remplir et son bruit mat de fermeture, le même des portes, tant qu’il y aura la clé de contact et la pédale d’embrayage et le cliquetis du frein à main, tant qu’il y aura la palpitation du moteur, cœur du corps qui nous transporte, tant qu’il y aura les leviers les pédales les ceintures sièges commandes miroirs vitres, tant qu’il y aura le volant, tant qu’il y aura l’autoradio pour grésiller parfois, tant qu’il y aura la route, la route qui tourne en rond-point où décider ce que nous croyons savoir déjà à savoir où nous allons, c’est-à-dire sur une autre route, qui est la même route peut-être, tant qu’il y aura cette route et toutes les autres, de pétrole brut émulsifié, tant qu’il y aura la peinture blanche, tous ces petits tirets écrits de chaque côté et au milieu, tant qu’il y aura le regard pour les suivre la nuit par les phares qui les sortent un à un de l’obscurité comme des lettres qui sur la page s’écrivent devant un regard qui les suit et une main qui croit les tracer, tant qu’il y aura ces autres signes routiers symboles et lettres sur panneaux blancs, sur panneaux bleus, sur panneaux verts, sur panneaux réfléchissants les phares contrastant les informations, tant qu’il y aura ces horizontales et ces verticales pour délimiter les courbes où nous roulons, tant qu’il y aura de l’herbe sur les bas-côtés pour laisser glisser rêveurs nos regards jusque dans les champs où nous imaginions peut-être seulement mais sans savoir qu’un jour elles pousseraient ces fleurs géantes et métalliques aux trois pétales d’hélice, tant qu’il y aura le rouge et le blanc des bornes kilométriques, tant qu’il y aura le bruit liquide et sec du clignotant qui tique, tant qu’il y aura les villages allongés où les rues perpendiculaires sont aplaties dans nos mémoires, tant qu’il y aura le ralentissement dans ce village pour regarder les gens discuter devant la pharmacie et laisser traverser la poussette, tant qu’il y aura l’église du village qui parfois nous dit où vont l’heure et le vent, tant qu’il y aura le large parking du restaurant routier parfois vide parfois non, et ces rectangles de remorques, tant qu’il y aura des ponts pour enjamber les autoroutes et tant que pas loin encore il y aura une station essence, tant qu’il y aura une pompe.

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