…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Safe dans le logiciel

mise en ligne : dimanche 27 mars 2016

23 mars 2016

Sur Twitter, vu un tweet agacé et agaçant, de quelqu’un se plaignant de la lenteur de Facebook à mettre en place le bouton vert permettant d’indiquer que l’on est en sécurité à Bruxelles. Le bouton a été mis en place, il aura fallu deux heures, ce qui me semble raisonnable, pour une mise en production technique de cette ampleur…

Ce bouton… il faut imaginer dans quelques années les applications connectées aux corps, et le bilan vital testé en permanence, et l’apparition du contraire du bouton de sécurité, devenu par défaut une vérification de vie, un indicateur permanent sur le profil, « est en vie », et la notification, pastille noire quand un ami meurt.

« Cliquez ici pour connaître les causes du décès. »

*

Le tri dans les drapeaux diffusés sur les réseaux, ou projetés sur les monuments, aussi.

*

Cela étant dit, la pensée ralentit quand la distance des explosions décroit. Le temps de se remettre à écrire après le choc, diminue de manière inversement proportionnelle à la distance. C’est constater, emporté par un mouvement d’inertie impossible à déjouer, se promettre de, et puis… Et puis pas tout à fait, peut-être pire et pour être exact, il y a aussi l’habitude qui vient et fait écrire plus vite. Il faudrait écrire cette équation à deux inconnues, où la fréquence des bombes joue et, plus il y en aura, moins souvent l’écriture sera perturbée ; mais peut-être plus difficile. Trop d’inconnues et une en particulier : écrire… écrire quoi, dans quel but, au fait ? Écrire pour réagir ? Sur Twitter, vu aussi, ça, les critiques des réactions, du nombre des réactions ; mais comment ne pas parler ? Si Twitter est fait pour parler, tout le monde en parle c’est normal, même si chacun ferait mieux de se taire, je veux dire tout le monde, et ici aussi. Silence complet. Trop de certitudes et d’habitudes, tout le monde a raison, tout le monde est juste — mais ce qu’il est difficile de produire, c’est une pensée, quelque chose de conscient et mesuré, quelque chose de politique, engagé dans le sens où l’on sait ce que l’on écrit quand on l’écrit et pourquoi et les conséquences — penser, écrire. En ce sens, il y a bien peu de politique sur Twitter. De même qu’il y en a bien peu au moment de glisser le bulletin dans l’urne, bien peu partout, jusque sur les écrans où la démocratie semble avoir pour but de se jouer. Et puis aucune émeute, le pouvoir laissé à une clique que nous ne trouvons pas à remplacer, que nous ne voulons pas remplacer. Bien peu aussi au moment de réfléchir à améliorer les choses, de produire de l’agitation. Peut-être par fatigue, paresse, c’est à dire par confort ; peut-être encore trop de confort avant l’émeute. Quant à la pensée elle-même, si elle existe, penser, qu’est-ce que c’est ?

Mots-clés

twitter (facebook)   absence   politique   écrire  
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