…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Regarder la Révolution qui nous regarde.

mise en ligne : mardi 12 avril 2016

11 avril 2016
(#42mars)

Cet arrêt du calendrier au mois de mars, arrêt du temps à l’approche d’un trou noir, peut-être une singularité politique, un impossible retour au cours des choses, une révolution qui ne sait pas encore quelle dimension investir.

*

Cette facilité qu’ont les rêves de s’effacer, tous les rêves, y compris les plus forts, importants, significatifs, ceux notés la nuit même disparaissent aussi et plusieurs jours après en relisant les notes prises quand tout faisait sens, il n’y a plus rien que quelques mots formant un ensemble surprenant et inintelligible. C’est comme une vie entière qui s’efface, un oubli qui mange le corps, un bâtiment après des siècles dont il ne reste que la poussière, on se retourne dans le lit du côté où le rêve eut lieu mais il n’y a plus rien.

*

Voyant passer sur Twitter la définition de mamihlapinatapai : mot Yagan (terre de feu) décrit comme "un regard partagé entre deux personnes dont chacune espère que l’autre va prendre l’initiative de quelque chose que les deux désirent mais qu’aucun ne veut commencer." (source WP), je n’ai pu m’empêcher d’y aller de mon petit pastiche, qui commence et finit au milieu d’une phrase, afin de permettre cette fausse capture d’écran façon livre numérique (capture à l’appareil photo parce que dans le train, avec seule la 3G pour tweeter, ceci permettant de rogner idéalement pour faire comme si).

Et le texte :

Marcel Proust — À l’ombre des jeunes filles en fleur

était de mes préoccupations. C’était souvent lors d’une de ces fin d’après-midi au retour d’une promenade sur les Champs Élysées qui nous avait emportée jusqu’au Bois que la conversation avec Gilberte s’amincissait à mesure que nous approchions de la maison de ses parents, les mots échangés semblaient être comptés comme l’étaient nos pas depuis le départ et à notre insu, l’épuisement visible de leur réserve devenant alors la révélation que nous allions bientôt nous quitter dans un silence final d’embarras et de tristesse, et j’espérais alors que ce dernier regard échangé sur le seuil était pour nous deux le même, à savoir qu’elle aussi désirait que je restasse encore un peu autant que moi je désirais qu’elle me le demandât, mais j’étais peut-être le seul à, non pas voir, mais espérer un mamihlapinatapai qui n’en était pas un, et elle restait malgré l’amenuisement de nos mots aussi enjouée à me dire au-revoir qu’elle l’avait été à me saluer au début de l’après-midi, tandis que je gardais pour moi ce dernier silence que j’étais seul à mêler, et pour moi-même, d’embarras et de tristesse. Il me restait la possibilité de mentionner une conversation qu’Odette et moi avions eu, afin de prétendre vouloir la terminer mais sans l’exprimer, ou encore le

En ces jours, inévitablement, penser à Mathias et la Révolution, de Leslie Kaplan, où soudain, par la magie combinée du théâtre et de la politique, le texte donne à lire des conversations politiques libérées dans la rue, les cafés, les jardins publics, parfum de mai 68 quand tout était possible. Le texte se passe à Paris, suite à un événement en banlieue, hors-cadre jusqu’à la dernière ligne quand tout commence, parce que ça ne peut vraiment commencer que là, sans doute.

La question n’est pas pourquoi des émeutes, mais plutôt pourquoi pas d’émeutes.
“No justice, no peace.”

*

Et regarder la Révolution, qui nous regarde, elle et nous espérant que l’autre va prendre l’initiative.

Mamihlapinatapai politique…

Mots-clés

nuit   rêve   politique   Leslie Kaplan   paradoxe   Marcel Proust  
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