…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Cartographie asphalte

mise en ligne : mardi 26 avril 2016

25 avril 2015

Il y a quelques semaines, étrange découverte au ras du sol, pointé du doigt par un petit garçon de seize mois qui ne rate rien de ce qui se trouve à sa hauteur : des clous enfoncés dans le trottoir. Le nez face au clou, ne comprenant pas, j’ai pris du recul, et fais une autre découverte : la forme des trottoirs.

Les trottoirs ne sont pas uniformes comme on les dessinerait par exemple de mémoire, pour signifier un trottoir (un rebord, une couleur sombre et ce serait tout), en fait on ne voit pas, on ne regarde jamais, et en observant j’ai découvert qu’ils étaient faits de la mosaïque d’anciennes traces de travaux, des découpages faits à l’aide d’une scie circulaire refroidie à l’eau et au marteau-piqueur, pour retirer la couche d’asphalte et accéder à la terre, qui sera ensuite creusée pour réparer les tuyaux, changer les câbles, et enfin recouverte sans souci de finition particulier, simplement pour rendre le trottoir fonctionnel.

Il y a aussi les inscriptions à la bombe des futurs travaux, autour des plaques marquées "gaz" ou "edf", ou entre elles, des pointillés, des lignes continues, des nombres, quelquefois des points d’interrogations.

Il y a aussi toute une constellation de clous enfoncés, qui ont craquelé, ou étoilé la surface sur quelques centimètres, des clous avec ou sans rondelle, des clous qui peuvent être bombés de fluo ; à quoi servent ces clous ?

Quelques jours après cette trouvaille, j’ai vu, comme on voit souvent sans regarder, un travailleur sur la voirie, posant un bâton à bout pointu face à un appareil avec viseur posé plus loin sur un trépied, pour prendre mesure d’une distance, d’une altitude. Et sur quoi était posé ce pic : un clou. Quelques recherches dans des catalogues spécialisés m’ont mené à corriger le "géomètre" qui m’était d’abord venu, pour "arpenteur" et à nommer plus précisément ce "clou d’arpentage", ou "repère galvanisé avec centrage".

Alors tout a commencé à se mettre en place, l’image de l’ingénieur civil avec son viseur sur trépied, et son co-équipier avec une "canne porte prisme", qui se pose sur ces fameux clous, le monde commençait à gagner un peu de sens.

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