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Viéjan

mise en ligne : lundi 1er février 2010

Province du Tossan

90 000 habitants (Vandales)

Ville à voir ***

GÉNÉRALITÉS

Viéjan, la ville des mélomanes, a été creusée à partir de 1736 dans la roche calcaire du plateau du haut Tossan. C’est une des villes les plus jeunes d’Imrie, car avant cette date il n’existait aucune technique de construction capable d’édifier, en creux dans le calcaire, une cité, et Tior Kanstel n’avait pas encore achevé ses travaux acoustiques. En effet, l’architecte-urbaniste de Viéjan, Silmon Vandal, a du maîtriser les sifflements et les cris du vent, dus aux innombrables interstices, aspérités, galeries souterraines et à toutes sortes de tranchées et puits naturels de cette roche si particulière.

Les croyances populaires faisaient vivre dans ce plateau un million de démons qui vous tuaient de leurs cris perçants. Quand les travaux ont commencé, les Tossaniens ont envoyé des saboteurs, de peur que les démons ne fuient à cause des travaux et n’envahissent leurs villes voisines. Les ouvriers venus des quatre coins de l’Imrie ont cru pour de bon aux démons, et Vandal a bien faillit se ruiner et abandonner la construction. Mais le travail et une hausse des salaires a eut raison des peurs et en 1741 le façonnage du centre ville, l’actuel centre historique, était terminé. Il était parvenu à réduire de deux à trois octaves les hurlements de démence et les premiers visiteurs – musiciens, danseurs, sculpteurs, sourds, fous – furent séduits. D’autres partirent, effrayés de ces cris rauques qui faisaient parfois trembler le sol. Il obtint ensuite des crédits et des commandes, si bien qu’en 1748 la ville – appelée alors et depuis 1736, Tossania – devint une bourgade de dix mille habitants vivant au cœur d’une chorale naturelle.

La roche blanc rose gris dans laquelle est sculptée la ville accueille aujourd’hui des maisons et des immeubles troglodytes jusqu’à trente étages. Un réseau de galeries naturelles vient s’ajouter aux rues, où commerces et écoles d’art (danse, chant, sculpture, acoustique) s’épanouissent dans des courants d’air qui vous paraîtront d’abord bruyant puis, avec l’habitude, chantants.

D’autres galeries, de la taille d’un bras à celle d’un cheveu, plutôt des conduits soniques, qu’on appelle à Viéjan des « tosseries », s’éparpillent depuis les galeries principales et conduisent et produisent elles aussi du vent, du chant. La hauteur du son varie selon la taille et la forme de ces conduits, et ce sont ces réseaux qui participent à faire de la ville ce qu’elle est : un immense instrument de musique, joué en permanence par le vent. On entend partout ces sons ainsi soufflés, dans les rues, dans les restaurants, dans les chambres, dans les salles de bains, et aussi dans l’Opéra. La fin de la construction de l’Opéra (1750 à 1756) coïncide avec le baptême de la ville, à l’issue de la première de « le nouveau-né et les hurleurs bicéphales ».

CURIOSITÉS

*** L’Opéra, (Plan E1, n°8), creusé au fond de la galerie Hsissaaïrzz, il peut accueillir trois mille spectateurs, assis à même la roche (location de coussins en velours : 8 fristres). Les milliers de tosseries qui y aboutissent résonnent comme nulle part dans ce fleuron de l’art acoustique. Chaque soir des danseurs y improvisent, sous la direction impétueuse du vent et de son permanent et toujours surprenant solo. Le dimanche, un orchestre tente de l’accompagner, il n’est pas rare qu’une harmonie s’échappe de cette course-poursuite entre instruments et coups de vent. Le plus étonnant se produit quand, à la surprise de tous, la mélodie des instruments revient déformée quelques minutes plus tard. Le sixième jour de l’automne, l’Opéra rejoue le nouveau-né et les hurleurs bicéphales, pour commémorer le baptême de la ville. Entrée 32 fristres, gratuit (mais déconseillé) pour les enfants.

** La grotte aux hurlements, (Plan C4, n°5), au milieu de la rue Tahahrrghhaar. Criez dans un des trous du calcaire, et quelques secondes ou minutes plus tard, vous reconnaîtrez, parfois difficilement, votre cri amplifié, déformé, qui sort d’un autre trou. Amusement garanti quand, du trou où vous vous préparez à lancer votre cri, sort celui d’une autre voix.

* Le couloir des paroles, (Plan E2, n°2), sur le même principe que la grotte aux hurlements, est constitué de deux salles distantes de deux kilomètres et qui ne communiquent que par le son : seule la voix peut aller directement de l’une à l’autre par des centaines de tosseries ; le bus 54 relie les deux salles en à peine deux heures, en passant par le marché aux soufflets, toujours très encombré. Vous pourrez parler avec quelqu’un situé dans l’autre salle, à quelques secondes de son de là. L’une se trouve galerie Irman, rue des Tourbillons et l’autre galerie Ultan, rue Sèche.

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