…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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La haine du style

mise en ligne : lundi 30 mai 2016

9 mai 2016

La haine, la bêtise, s’imposent avec une telle facilité et leurs effets durent tellement plus que ceux de la bonté et de l’intelligence. Plus facile et rapide de casser que de construire en somme, détruire en quelques minutes un bâtiment qui a mis des années à être édifiés, des siècles à se maintenir en vie — le troll me répondra que les bombes nécessaires à la destruction sont le fruit de bien plus d’années de recherche et développement et de travail et de diplomatie belliciste ; pas rien donc. Ça paraît un poncif mais c’est comme ça dans n’importe quel forum de discussion, la force de nuisance me semble toujours supérieure. À la radio le poids d’un argument consternant, tellement bête qu’y répondre c’est sombrer dans la même bêtise, et puis d’abord il faut le temps de se relever d’être tombé si bas ; le méchant gagne toujours. Ici le méchant c’est Brice Couturier que j’entends parfois sur mes trajets matinaux, au casque, il écrase aujourd’hui son interlocutrice, Danièle Lochak, (alors qu’il n’a pas coupé Jacques Toubon) qui est stupéfaite — et qui ne le serait pas face à tant de provocation égoïste et avaricieuse ? C’est l’image même de ce monde croulant, qui continue de gagner en écrasant de ses décombres pourries.

L’émission (après 32:23 pour l’intervention de Couturier).

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Je me sens parfois plus processus qu’être humain

14 mai

Salle de petit-déjeuner à contre jour du matin. Visages connus et inconnus mélangés en ombres menaçantes au-dessus d’un buffet froid.

Le vent systématique claque chacune de ses gouttes sur les vitres du train.

Le cul des vaches à 300 kilomètres par heure, parce qu’elle n’ont pas le temps de se retourner.

16 mai

Il m’apparaît clairement qu’une certaine édition a un idéal et qu’il est de publier des essais de philistins en mal de distinction dressant des listes aberrantes pour en tirer des conclusions définitives sur un air de fin de l’art. Tadaam.

17 mai

Ce que je pensais de Rufin, après une période d’emballement du temps où le journal s’appelait encore Ch’Fakir, se confirme avec cet appel à travail gratuit, exploitation de graphistes "pour la cause", que cet espèce de militantisme non-politique et exclusivement local, discontinu, qui reprend ce que Sud avait créé en 95 de grèves sans grève-générale, de journées d’action — il me semble qu’ils ont bien inventé ça, des journées d’action sans coordination nationale — nuit gravement à "la cause", et qu’un journal ferait mieux de payer ses pigistes ; ou alors il faut créer un parti et on change de support.

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La séquence simple, l’illusoire succession des faits nous rassure. Cependant, il y a de grandes différences entre un récit confortable et la réalité brutale du monde : "Tout est désormais non narratif", disait Musil, habitué à un univers multidimensionnel, fragmentaire, un monde sans possibilités réelles d’accéder à un ordre comme celui qui a peut-être un jour existé et que Rilke crut entrevoir dans Les Cahiers de Malte Laurids Brigge : "Que l’on racontât, que l’on racontât, cela n’a dû arriver que bien avant mon temps. Je n’ai jamais entendu raconter personne." — Enrique Vila-Matas, Chet Baker pense à son art.

Mots-clés

cinéma   politique   Enrique Vila-Matas   Claro  
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