…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Démocratie impossible

mise en ligne : mercredi 7 septembre 2016

6 août 2016

À la radio, Luis Sepulveda parle de Salvator Allende (à la fête du livre de Bron), la traduction simultanée permet de l’écouter, je comprends presque tout ce qu’il dit en espagnol, ce qui me stupéfie — mais peut-être que si l’on m’avait à cet instant demandé de traduire en français, j’en aurais été incapable. Cela permet surtout à la tension de sa voix de me parvenir, ce qu’il dit est très fort, touchant et terrible. Un portrait rapide et saisissant d’Allende, qu’il a connu quand il était jeune militant dans sa garde rapprochée, et Allende déjà et tout juste président qui continuait de prendre conseil auprès de cette base par des conversations informelles, jusqu’au jour de sa mort où la garde eut pour consigne de sortir du Palais de la Moneda, et fut épargnée, Sepulveda compris. Cette exigence de compréhension, d’action juste, illustre ce qui a provoqué la colère de la droite et des américains, jusqu’au meurtre. J’ai pleuré en écoutant l’émission parce que c’était violent, cette impossibilité de justice, cette impossibilité de démocratie, cette impossibilité de former un gouvernement pour le peuple, même si ça arrive, ça sera détruit.

Mathilde Larrère sur l’élection d’Allende, sur ce fil Twitter "à dérouler".

Et voir ce qui revient, au Brésil, en Turquie, en Europe, la droite en réalité, la simple bourgeoisie qui cesse de jouer un jeu temporaire qui ne lui suffit plus, et revient dans la direction de sa violence originelle, celle des 18e et 19e siècles, quand l’exploitation était sans syndicats, et l’esclavagisme légal ; mais avait-elle vraiment quitter cette voie ? D’ici à l’Asie, à l’Afrique, les espaces d’exploitation qui tournent au gré du coût du travail, là-bas saturé, il faut revenir ici, l’engrenage de la machine tourne.

Il est probablement impossible de penser avec justesse les temps présents, tout comme il est impossible de penser avec justesse en cours d’écriture, quand on court « sur la crête des mots », on ne sait pas quand exactement il sera opportun de revenir, de s’autoriser à revenir à cet endroit, de changer cette phrase, d’effacer cette autre. Le vernis du temps présent, on ne sait pas s’il est jamais sec.

Photos : Another Place, sculptures d’Antony Gormley sur Crosby Beach, Liverpool, UK. 100 statues de l’artiste à l’échelle 1, en fonte, tournées vers le large, réparties, sur 3 kilomètres de plage.

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