…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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S’il le faut

mise en ligne : vendredi 28 octobre 2016

8 octobre 2016

Si je devais expliquer Village, et il me semble parfois que je le dois, qu’on ne se comprend pas, que quelque chose est manqué, mais quoi ? Ce serait peut-être ce presque, dont parle Quentin Leclerc pour son Saccage, ce serait qu’il ne se passe rien et que qui s’y passe n’est rien, mais que, dans ce rien et de ce plat du pays, pousse quelque chose, là dans cette terre, comme dans la page blanche pousse l’écriture. Je pourrais même schématiser, après coup, la chose suivante : si l’on met en regard la première et la dernière phrase du texte :

Je me souviens de toi.  

 

Tu t’endors, je m’éveille.

Entre ces deux phrases, et entre les deux sujets (le je du présent d’écriture, le tu du souvenir), le temps qui est traversé, le fait qui est devenu souvenir, et le livre qui se forme, et que j’espère incomplet.

Et dans ce livre incomplet, le village, sa description par lieux, par les intérieurs, par les extérieurs, par les abords, les autours, et les incursions en ville avant, toujours, le retour. Tout cela avec des béances. Comme ces espaces vides entre les villages, où rêver. Tout cela répété mais sans exagération, le livre reste assez mince parce que j’estime qu’il n’est pas nécessaire d’en dire plus. Tout cela répété aussi car on tourne en rond ici, dans le village et autour de lui comme on tourne autour de son sujet. Sauf qu’il n’y a pas de sujet, ou plus précisément, s’il y en a un il n’est pas dans le texte puisque le texte en fait le tour. Il y a des pistes, qui ne sont pas des fausses pistes, le terme serait inexact, ce sont des presque-pistes, des pistes incomplètes, à remplir soi-même si j’ose dire, tant je crois que c’est au lecteur de remplir les vides, pour lui, en lui, qu’il ait cette liberté, que le texte laisse cette place-là, comme quelques vers restent équivoques, multiplient les possibilités tout en effaçant les traces permettant d’y accéder. Ou laisser les chemins ouverts mais ne pas les emprunter, les laisser libres et ne rien obliger, ne rien forcer. Et d’ailleurs, sans doute, le tour n’est-il pas tout à fait complet, il l’est peut-être pour moi, du moins aujourd’hui. La façon un peu sérielle d’opérer — série d’intérieurs, série d’extérieurs etc. — héritée d’une manière web de publier comme par épisode — qu’on a pu me reprocher d’ailleurs, difficile de mettre en livre semble-t-il — permet au lecteur de continuer mentalement la série, de placer dans le livre ses propres souvenirs de campagne, de routes nationales, départementales, de balades à vélo, de centres commerciaux, de façades…

Trop de livres contiennent leur propre explication, ajoutent à côté d’une phrase ou d’un paragraphe, une phrase ou un paragraphe d’explication. Trop de livres cherchent à tout dire, à remplir toutes les issues et à tout ficeler. J’espère proposer le contraire, et par le manque, l’incomplétude, permettre à chacun de se glisser dans le texte et d’y être libre.

Mots-clés

écrire   en cours   nuit   écrire le souvenir  
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