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Premier janvier 17

mise en ligne : jeudi 19 janvier 2017

1er janvier 2017

Je supprime les spams du forum de ce texte sur Nuit Debout, le ferme, et me dit que, tiens, ah oui, Nuit Debout, s’il était nécessaire, était finalement sans base, sans masse, mouvement d’élites qui n’a pas pris, Benoît Vincent dans son commentaire était donc rigoureusement exact : "Les vraies questions politiques sont celles de la souveraineté, du capitalisme, de l’UE (en quelque sorte, c’est la même chose). C’est-à-dire de vrais simples problèmes qu’aucun parti actuel n’affronte (à part le Pardem et le POI [1])."

Restons à gauche, Olivier Besancenot, par un tweet, souhaite une bonne année 2017, sans aucune référence à l’illustre année centenaire. Bien sûr, une date anniversaire ne signifie rien, mais un petit souvenir n’était-il pas possible ? Il faudra suivre Jean-Jacques Marie dans La Tribune des Travailleurs, ou aller l’écouter à Montreuil, bibliothèque Desnos, à la fin du mois.

Bien sûr, Besançenot n’est plus trotskiste depuis 2007, ni son parti comme il le dit dans une phrase qui m’a toujours laissée perplexe, reprise à l’époque dans un article du Monde : “La LCR et Besancenot ne seraient-ils plus trotskistes ? Ce n’est pas un scoop. Le trotskisme se définit par opposition au stalinisme, dit Besancenot, et « il y a de moins en moins de staliniens ». Donc, de moins en moins de trotskistes.” En 2007 à la CGT des combats internes contre l’appareil — quoi d’autre que stalinien ? — faisaient rage, et il restait heureusement encore des militants qui luttait, étaient-ils, par définition, trotskistes ? Sans doute, dans ce cas.

Bien sûr, ça ne m’étonne pas cette mollesse, continuelle au NPA, toujours un peu à côté de la plaque, plus décourageant que percutant, comme sur cette affiche, ou quand, porté par des intentions louables, un message contraire est finalement prononcé, ou comme les vœux de Philippe Poutou, où il faut se préparer au pire mais sans rien de précis autour de quoi, ou contre quoi, construire.

Et Nuit Debout, donc, qui tombe à plat, qui reviendra peut-être au printemps. Que va-t-il se passer en Mai ? Les bolcheviks étaient minoritaires tout le temps, surtout en 17, ils sont revenus de loin, mais ne sont pas revenus, non, ils sont restés à leur place, patiemment expliquant — la paix immédiate, la terre aux paysans, la journée de 8 heures, l’assemblée constituante — et ce sont les masses qui sont venues les chercher, face au refus de la bourgeoisie libérale d’appliquer la moindre de ces revendications, persistant à laisser mourir les soldats au front.

Autre chose. Depuis peu je me rends compte que dans ces structures politiques où je suis passé, quelque chose était en tout cas identique au monde combattu, une forme se répétait, une lourdeur, quelque chose traînait, quelque chose lié à l’ordre, à l’obstination, quelque chose masculin ; avec plafond de verre et tout.

Sur la rue, encore, je retrouve ce texte, daté du 17 juillet 1968, dans les Écrits politiques 1953-1993, de Maurice Blanchot, qui explique aussi comment les rues se sont vidées. Bien sûr, si l’on tape sur les gens, ils finissent par rentrer chez eux.

La rue

En même temps qu’il a entrepris la liquidation violente du mouvement de soulèvement étudiant, le pouvoir du général De Gaulle a décidé la mise au pas du peuple tout entier.

La dissolution (sans aucun fondement légal) des mouvements d’opposition n’a eu que ce but : permettre les perquisitions sans contrôle, faciliter les arrestations arbitraires (plus de cent mandats d’arrêt), remettre en activité les tribunaux d’exception, appareil indispensable de tout terrorisme d’État, finalement empêcher toute réunion. Autrement dit, et comme l’a déclaré le président de la République en une formule dont chacun doit se souvenir parce qu’elle montre clairement ce qu’il est et ce qu’il veut : il ne doit plus rien se passer nulle part, ni dans la rue, ni dans les bâtiments publics (Université, Parlement). Ce qui est décréter la MORT POLITIQUE.

Un signe qui ne trompe pas : l’envahissement de la rue par les policiers en civil. Ils ne sont pas là seulement pour surveiller les opposants déclarés. Ils sont partout, en tous lieux où les attire leur soupçon, près des cinémas, dans les cafés, même dans les musées, s’approchant dès que trois ou quatre personnes sont ensemble et discutent innocemment : invisibles, tout de même très visibles. Chaque citoyen doit apprendre que la rue ne lui appartient plus, mais appartient au pouvoir seul qui veut y imposer le mutisme, produire l’asphyxie.

Pourquoi cette mobilisation effrayée ?

Depuis mai, la rue s’est réveillée : elle parle. C’est là l’un des changements décisifs. Elle est redevenue vivante, puissante, souveraine : le lieu de toute liberté possible. C’est contre cette parole souveraine de la rue que, menaçant tout le monde, a été mis en place le plus dangereux dispositif de répression sournoise et de force brutale. Que chacun de nous comprenne donc ce qui est en jeu. Quand il y a des manifestations, ces manifestations ne concernent pas seulement le petit nombre ou le grand nombre de ceux qui y participent : elles expriment le droit de tous à être libres dans la rue, à y être librement des passants et à pouvoir faire en sorte qu’il s’y passe quelque chose. C’est le premier droit.

[1] POI devenu, suite à une scission violente, POID, pour le côté qu’il faut continuer à suivre (celui, précisément, qui continue à ne pas mettre la politique de côté si l’on peut dire), l’autre, via le bureau majoritaire qui a exclu le minoritaire, ayant gardé le nom, devenant une contrefaçon.

Mots-clés

Maurice Blanchot   Révolution   politique   vernis   terre  
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